
Chaque matin, la sonnerie du réveil m’arrache de mon sommeil. Premier acte : j’allume mon téléphone portable.
Avec les satellites, les nœuds de communication, les antennes etc, mon portable se synchronise avec ceux de tous les autres. Nous vivons la même vie en même temps. Connecté à internet, quelque chose d’invisible me transperce, mon téléphone envoie et reçoit en permanence. Une fois que le rythme de la nuit est tué par la sonnerie et que je me synchronise avec le monde connecté, un autre temps domine. Le staccato des émissions en direct, de la disponibilité ininterrompue, celui de la mise à disposition permanente, des emplois du temps et des rendez-vous, des plannings et des impératifs. Deuxième acte : je débranche mon portable de sa prise. Sans électricité, il ne serait rien, juste du plastique et de la ferraille avec quelques éléments faits de métaux rares. Cet appareil peut fonctionner à l’aide de spécialistes et grâce à une production d’électricité dépendante du nucléaire et du charbon, à un réseau mondial, à cette infrastructure critique qui garantit jour après jour notre quotidien, protégée par la police et l’armée. Après avoir utilisé divers appareils qui ont eux aussi besoin d’un réseau – sans quoi ils seraient complètement inutiles-, je pose un pied dans la rue.
S. est en taule
Dans la nuit de mercredi 20 mars 2019, une antenne de téléphone a été transformée en torche: les câbles de l’antenne de téléphonie mobile utilisée par l’entreprise Vodafone ont brûlé dans le quartier de Barmbeck, à Hambourg. Les flammes ont atteint jusqu’à 15 mètres de hauteur.
L’actualité sociale montre une fois encore quel est le rôle de la prison et de l’enfermement en général dans nos sociétés : punir en ôtant à quelqu’un·e les conditions de toute existence, mais pas punir n’importe qui. Punir les marginaux et marginales, les rebelles, les prolos débrouillard·es ou séditieuse et séditieux, les sans-papiers, les indésirables, tout ce que les classes dirigeantes et leurs défenseurs jugent dangereux. La prison est là pour maintenir un ordre social injuste, comme le tribunal, les flics ou les caméras de vidéosurveillance. On y enferme donc les gilets jaunes les plus déterminés, dans l’attente de leur procès ou pour punir leur insoumission, espérant ainsi calmer les braises de la révolte. De plus en plus, l’incarcération est devenue un mode d’administration normal et banalisé. De 30.000 détenu·es en 1970, on est passé à plus de 70.000 aujourd’hui, auxquel·les il faut ajouter les personnes sous bracelets électroniques, faisant des TIG, placées sous contrôle judiciaire etc. On punit toujours plus et on enferme toujours plus longtemps. C’est pourquoi une nouvelle vague de construction de prisons a été lancée et est en cours de réalisation.
Dans la nuit de samedi 23 au dimanche 24 mars, six bus ont été détruits au dépôt de la société de transports Vectalia situé rue du Colonel-Nicol : portes coulissantes automatiques forcées au pied-de-biche, vitres et pare-brises explosés, extincteurs vidés sur les sièges… « Seuls trois véhicules sur les neuf présents (deux autres sont au garage pour maintenance) ont échappé à l’opération de démolition en règle menée dans la nuit. »
Dans la nuit de jeudi 21 à vendredi 22 mars 2019, la vitrine de la permanence du député LR Pierre-Henri Dumont a été explosé par un jet de projectile. « On pense que c’est volontaire. L’impact était situé en plein milieu du portrait du député » raconte Enguerrand Petolas, attaché parlementaire du député.
Lille a été sans conteste la ville où, avec Montpellier, il y a eu le plus de désordres pour ce 19ème acte. Plus de 2000 personnes ont pris part à la manifestation. Parmi les vitrines prises pour cible, celles des banques et des panneaux publicitaires, mais aussi des agences immobilières, deux écoles de commerce et chaîne de fast-food : « Un premier incident éclate boulevard Lebas, où deux policiers en civil des renseignements doivent fuir la manifestation sous les projectiles (une nouvelle fois,
Il n’aura pas échappé à certains que les Champs-Elysées en flammes de samedi dernier peuvent être considérés comme une magnifique commémoration de la Commune de Paris. Qui sait combien y ont pensé. « Paris respirait !… Partout s’agitait une vie intense… Adieu au vieux monde et à la diplomatie » écrivait Louise Michel à propos des événements qui ont débuté le 18 mars 1871 à Paris. « La Commune a été la plus grande fête du XIXe siècle » – commentèrent un siècle plus tard les situationnistes. « Ça a été fantastique, d’une joie impressionnante » – nous a écrit un anonyme compagnon à propos du 16 mars 2019 à Paris. L’ivresse de la révolte, dans l’assaut contre le pouvoir et ses petites mortifications quotidiennes, est un plaisir qui n’a pas besoin de chefs… Ah oui, au fait, et les chefs ?
En réponse à la « semaine d’agitation et de propagande contre la gentrification, la spéculation capitaliste et en défense aux squats » [1], nous rapportons plusieurs attaques au cours du mois de février dernier contre des agences immobilières et des bureaux de placement (bookmakers), par des bris de vitres, de la peinture ou des serrures engluées, dans divers quartiers de Madrid: Vallekas, Chamberí, Malasaña…
Dans la nuit de dimanche à lundi 25 février 2019, la Maison du projet de l’écoquartier des Vaîtes est partie en fumée. Installée aux abords des voies du tramway chemin du Vernois et inaugurée en avril 2018, cette salle d’exposition d’un coût initial de 90.000 euros était destinée non seulement à promouvoir ce projet urbaniste de grande envergure, mais servait aussi à la société immobilière Icade à commercialiser les milliers d’appartements qui sortiront de terre, tous destinés aux spéculateurs du logement. C’était aussi le lieu de travail des promoteurs, constructeurs, architectes et urbanistes¹ en charge de ce méga-projet écocide, porté par le maire J-L. Fousseret depuis des années.