Brèves « Gilets jaunes », France : L’Etat alourdit son arsenal anti-insurrectionnel après les émeutes du 16 mars [Mis-à-jour, 21.03.2019]

[Immédiatement après les émeutes du 16 mars dans le Paris des riches, qui a été « le saccage de trop » pour l’Etat, le ministre de l’Intérieur a annoncé un nombre important de mesures anti-insurrectionnelles contre ce « mouvement qui n’existe plus » (sic). Quand la démocratie vacille et que le capital connaît des pertes financières comme il n’en a que très rarement connu (dépassant désormais de loin les émeutes de novembre 2005), elle n’hésite pas à militariser les villes, à terroriser les révoltés en les mutilant à vie (parfois en les tuant), à interdire tout rassemblement à certains endroits « critiques », à avoir recours à des marqueurs chimiques indélébiles… L’Etat franchit un cap en matière de répression en se dotant d’instruments de maintien de l’ordre encore jamais utilisés en manif ou dans les quartiers périphériques des villes.].

[Mis-à-jour, 21.03.2019] Pluie de condamnations après les Champs (23 condamnations à du ferme, 17 mandats de dépôt, 11 mises en examen)

Le tribunal de Paris a prononcé 23 peines de prison ferme et 19 peines de prison avec sursis pour les violences, dégradations et pillages commis samedi dernier dans la capitale. Ces condamnations sont au nombre de 86 décisions rendues en comparution immédiate.

Le tribunal a prononcé six relaxes, renvoyé 26 audiences à la demande des prévenus, pour qu’ils préparent leur défense, prononcé une condamnation à des jours amende ou à une amende et dix condamnations à un travail d’intérêt général (TIG) ou à une peine de prison assortie d’un sursis avec obligation d’accomplir un TIG, précise une source judiciaire. Les 23 peines de prison ferme le sont en totalité ou en partie, complétées par «19 condamnations à une peine de prison assortie d’un sursis ou d’un sursis avec mise à l’épreuve». S’y ajoute enfin un renvoi du parquet à mieux se pourvoir.

Les différentes chambres ont prononcé 54 interdictions de séjour à Paris et délivré 17 mandats de dépôt, indique-t-on de même source. Onze personnes ont par ailleurs été mises en examen hier pour le pillage, samedi, du magasin de bijoux et d’objets en cristal Swarovski sur les Champs-Elysées, a appris Reuters auprès du parquet. Trois d’entre elles ont été placées en détention provisoire et les huit autres sont sous contrôle judiciaires. Les suspects sont mis en examen des chefs de «vols aggravés, recel et participation à un groupement en vue de commettre des violences et des dégradations».


Et l’armée intervient dans le mouvement de révolte

L’idée de l’Etat est de remplacer des policiers en faction pour protéger les bâtiments officiels (et c’est large cette notion de « bâtiments institutionnels ») par des militaires de l’Opération Sentinelle, mais aussi de « sécuriser les points fixes et statiques » (soit faire des barrages), pour gagner des effectifs de police et effrayer les émeutiers.

Concrètement, si ces derniers avaient réussi à passer l’Arc de Triomphe samedi dernier sur les Champs, au lieu d’être face à des CRS qui bloquaient tout passage vers les ministères ou l’Elysée, ils auraient eu des soldats. Et idem lors de la manif sauvage qui avait réussi à se retrouver devant le ministère dont la porte avait été enfoncée au transpalette…

La justification du porte-parole du gouvernement est simple : « Des individus ont décidé de casser la démocratie, de s’en prendre à la République et à ses symboles », a déclaré Benjamin Griveaux. « Ce ne sont donc plus des manifestants à qui nous avons affaire mais des émeutiers. Les manifestants défendent une cause, à côté de ceux-là il y a des émeutiers qui sont simplement mus par la haine ».


Les précédentes interventions de l’armée en métropole dans un conflit social

L’utilisation de l’armée lors d’un conflit social n’est pas une première. En 1992, Pierre Bérégovoy, alors premier ministre de gôche, avait fait appel aux militaires pour dégager des axes routiers bloqués par des camionneurs qui protestaient contre l’instauration du permis à points. Plus de cinq cents militaires, des blindés légers et un char AMX 30, avaient notamment été envoyés sur l’autoroute du Nord, près de Phalempin, afin de libérer l’axe Paris-Lille. L’armée était déjà intervenue plusieurs fois au cours du week-end, avec des camions et parfois des hélicoptères, mais pour atténuer les effets des blocages, a indiqué hier le ministère de la Défense. En région parisienne, quelque 80 militaires ont effectué à partir du port de Gennevilliers, sur réquisition des autorités civiles, des livraisons de camions-citernes chargés d’essence pour approvisionner les stations-service. Dans la région de Lyon-Satolas, une douzaine de militaires ont participé également à des navettes de camions-citernes.

A la RATP, le plus important mouvement social avant celui de 1995 a été celui des ouvriers d’entretien des rames du métro et du RER, du 14 novembre 1988 au 1er janvier 1989. Les lignes A et B du RER fermèrent purement et simplement pendant une semaine et furent remplacées par des navettes en camions militaires (365 camions bâchés de l’armée venus des garnisons de l’Est du pays utilisés, et les honnêtes travailleurs n’éprouvant aucun problème à monter dans des camions militaires pour aller au turbin).

Lors des grèves et des manifestations de Mai 1968, les militaires ont assuré plusieurs missions dans la capitale :
– le transport des Parisiens dans des camions militaires,
– le ramassage de ordures au volant des véhicules de la ville, notamment
dans le quartier des Halles,
– la remise en état par les sapeurs du 5e RG (Régiment du Génie) de la chaussée, dépavée et encombrée d’automobiles détruites et renversés, dans le Quartier Latin.


Sur la répression des émeutes de l’acte XVIII à Paris

Selon un bilan actualisé, 256 personnes ont été placées en garde à vue, à Paris, lors de l' »acte 18″ des « gilets jaunes ». Parmi elles figurent 235 majeurs. 41 personnes seront déférées au parquet dans la soirée de lundi.

Dans le détail, 138 ont été déférés (58 comparutions immédiates aujourd’hui, 11 présentations à un juge d’instruction, 6 notifications d’une convocation devant le tribunal correctionnel, 7 CRPC, et 56 rappels à la loi par un magistrat du parquet où un délégué du procureur). Au total, 41 procédures ont été classées, dont 22 après rappel à la loi.
Trois personnes ont été convoquées en justice.

Enfin, 12 gardes à vue ont été levées, avec poursuite de l’enquête.

Et sept enquêtes ont été ouvertes pour les pillages de bijouteries

La police judiciaire de Paris a ouvert sept enquêtes différentes à la suite des nombreux pillages et dégradations commis samedi 16 mars sur les Champs-Élysées, lors de la manifestation des « gilets jaunes », a-t-on appris ce lundi.

Ces enquêtes concernent les vols et dégradations commis contre les magasins Bulgari, Mauboussin, Swarovski, Éric Bompard et Hugo Boss, ainsi que l’établissement le Fouquet’s et la banque Tarneaud (avenue Franklin Roosevelt). Dans ces dossiers, douze personnes ont déjà été interpellées samedi en flagrant délit et placées en garde à vue (une pour le magasin Bulgari, onze pour Swarovski).

Gare aux balances !

Quelques après les saccages de ce 16 mars, un passager a appelé les keufs en entendant un groupe de cinq gilets jaunes qui rentraient chez eux à Montluçon (Allier) discuter dans le train de leur récolte d’objets, bijoux et vêtements expropriés chez les riches des Champs. Les flics ont réagi très vite et les ont arrêtés dès l’arrêt suivant à Fleury-les-Aubrais. Les cinq « gilets jaunes » (quatre femmes et un homme) affirment avoir seulement « récupéré les objets ». Elles ont été inculpées pour « recels » et comparaîtront le 3 juin devant le tribunal.

Les nouvelles mesures annoncées lundi

Les lieux systématiquement concernés par les émeutes, à commencer par les Champs-Elysées à Paris, la place Pey-Berland à Bordeaux ou celle du Capitole à Toulouse seront interdites de manifestation aux « gilets jaunes » dès lors que les menaces de violences se feront jour. « Nous interdirons les manifestations se revendiquant des  »gilets jaunes » dans les quartiers qui ont été les plus touchés, dès lors que nous aurons connaissance de la présence d’éléments ultras et de leur volonté de casser », a détaillé le Premier ministre.

Par ailleurs, Édouard Philippe a annoncé avoir demandé à la Garde des Sceaux « d’augmenter très nettement le montant de la contravention en cas de participation à une manifestation interdite ». Actuellement les personnes qui se rendent à un rassemblement interdit encourent une amende d’un maximum de 38 euros, tandis que les organisateurs sont eux passibles de six mois d’emprisonnement et 7 500 euros d’amende. Ce montant passerait à 135 euros, selon Matignon.

Tout un éventail de mesures sera mis en place – recours à la vidéo, aux drones, aux produits marquants, appelés « PMC » (cf ci-dessous) – et la tactique policière sera modifiée pour endiguer la révolte. Ce dispositif a été décidé lors d’une réunion lundi matin à l’Elysée, en présence des ministres concernés et d’Emmanuel Macron. Le gouvernement compte aussi sur la loi anti-casseurs, actuellement examinée par le Conseil constitutionnel.


Les « PMC » (« Produits de Marquage Codés »)

Parmi les mesures anti-émeute annoncées lundi par le Premier ministre suite à celle de samedi sur les Champs-Elysées, figurent les marqueurs chimiques de vêtements mais aussi de peau, cheveux, poils, etc (ce sont deux techniques différentes).

Tiré du Figaro, 19/03/2019: « Castaner a différencié mardi matin deux types de marqueurs: «Le premier est un marqueur coloré qui fait que si vous êtes marqué au moment d’une infraction par exemple et qu’on vous retrouve deux heures plus tard dans le métro, il est plus facile de faire un lien».

Le second type de marquage codé est un «marqueur transparent qui fait que quelques semaines plus tard, si l’enquête aboutit à penser que c’est vous qui êtes en responsabilité, que vous êtes interpellé, on va retrouver des traces», selon le ministre de l’Intérieur. D’après le pôle judiciaire de la gendarmerie nationale, les produits de marquages codés (PMC) sont des dispositifs indétectables à l’œil nu, inodores et incolores (non-toxiques) permettant le marquage des biens, des personnes et des lieux. Mais à ce stade, le PMC n’est encore utilisé que sur du mobilier, ou pour la sûreté d’un bâtiment.

Interrogé par Le Figaro, Maître Thierry Vallat, avocat au Barreau de Paris, indique que le code, intégré dans la substance, permet un marquage spécifique d’une localisation à un moment donné. Par exemple, si vous êtes aspergé devant un établissement, à une heure précise, le code intégré au produit le prouvera. En effet, «le marquage peut rester sur la peau pour plusieurs semaines, sur les cheveux pour six mois, et les habits sont quant à eux marqués à vie», confirme l’avocat.

La précision de Castaner sur France Inter, mardi 19 mars.


Lyon (Rhône) : Un antifasciste arrêté pour l’attaque d’un véhicule de police à La Part-Dieu – 13 mars 2019

« Un jeune homme de 17 ans a été interpellé, ce mercredi [13 mars], dans le foyer où il réside, à Ambérieu-en-Bugey, dans le département de l’Ain, pour avoir dégradé un véhicule de police, à Lyon, lors de l’acte XV de la mobilisation des Gilets jaunes, le 23 février dernier. Il a été identifié comme ayant participé à la dégradation d’un véhicule de police dans le 3e arrondissement de Lyon, avec un autre individu interpellé sur le coup. Après l’arrestation d’un premier individu, « la cellule « gilets jaunes » de la Sûreté départementale poursuivait ses investigations aux fins d’identification du second individu, écrit la préfecture. Après le visionnage de vidéos de multiples sources, il leur était possible de le retrouver à visage découvert et ainsi de l’identifier. » 

Lors de l’Acte XV des Gilets Jaunes, samedi 23 février 2019 à Lyon, une manif sauvage avait déambulé dans le IIIè arr. après la fin de la manifestation. Les révoltés « s’en étaient pris à un véhicule de police garé devant le bâtiment de la Police aux frontière. Vitres brisées, rétroviseurs arrachés, carrosserie enfoncée… les réparations serait chiffrées à 6000 euros selon la préfecture. Sortis du bâtiments, les policiers avaient ensuite été visés par des jets de projectiles. Le cortège avait ensuite pris le chemin du centre commercial de la Part-Dieu où quelques vitres avaient été abîmées. Le jeune homme, qui se présente comme un militant antifasciste, a été présenté à un juge d’instruction, ce jeudi. Il a reconnu les faits. »


Les députés sous protection renforcée

Gilets jaunes : une note de la police demande de renforcer la protection des parlementaires (Le Parisien, 18 mars 2019)

On apprend donc que vendredi 15 mars, à la veille d’une nouvelle journée d’émeutes, une note a été envoyée à tous les comicos de France de renforcer la sécurité autour des domiciles d’élus et de députés du parti de la majorité.

« Le directeur de la sécurité publique demande donc à ses troupes « une surveillance dynamique (NDLR : des rondes et patrouilles) autour des domiciles et des locaux professionnels », qui pourront aussi faire l’objet au préalable de « diagnostics de sécurité ». La note transmise à tous les commissariats de France insiste aussi sur l’impérative réactivité des services de police, en « communiquant à l’élu un numéro de téléphone dédié […] permettant un suivi opérationnel immédiat ». Le télégramme demande aussi que « pour les situations d’urgence, l’inscription des coordonnées de l’élu dans les outils de gestion des appels d’urgence » soit effectuée, ce qui permettra d’identifier tout de suite que c’est bien l’élu qui appelle en cas de problème. »


Les intellectuels collabos

Bien que sous pression après le saccage samedi des Champs-Elysées qui a relancé la crise des « gilets jaunes », Emmanuel Macron a reçu dans la soirée de ce lundi 18 mars à l’Elysée une soixantaine d’intellectuels pour échanger dans le cadre du grand débat. Ces universitaires, économistes, spécialistes des sciences humaines ou de l’environnement débattront avec le chef de l’Etat « des principaux défis et enjeux d’avenir auxquels la France est confrontée », selon la présidence.

Cette réunion, qui a débuté à 18 h 20, est animée par Guillaume Erner, producteur de la tranche matinale de France Culture, qui se présente comme « le média de la vie des idées » et qui la retransmettra en direct.

Parmi les personnalités attendues figurent les philosophes Marcel Gauchet, Souad Ayada, Frédéric Worms et Monique Canto-Sperber, les sociologues Jean Viard et Michel Wieviorka, le psychiatre Boris Cyrulnik, l’historien Benjamin Stora, le climatologue Jean Jouzel, les économistes Philippe Aghion et Jean Pisani-Ferry, ainsi que les prix Nobel Serge Haroche et Jules Hoffmann. Gilles Finchelstein (Fondation Jean Jaurès), Thierry Pech (Terra Nova) et le mathématicien Cédric Villani, également député La République en marche), sont eux aussi invités.


L’ordure du moment

Eric Delbecque, Chef du pôle intelligence économique de l’IFET (Institut pour la Formation des Élus Territoriaux), auteur du livre « Les Ingouvernables » (Grasset, sorti le 6/03) ne cesse de s’étaler dans les médias depuis la sortie de son bouquin, comme un spécialiste de l’ultragauche. Il a été conseiller auprès du ministre de l’Intérieur de 2009 à 2012, et enseigne notamment à l’École des officiers de la gendarmerie nationale. Il est aussi ex-chef du Département sécurité économique de l’Institut national des hautes études de la sécurité et de la justice (INHESJ). Ayant lu les « bonnes feuilles » de son bouquin (dispos sur le site de Grasset), non seulement il écrit super mal, mais c’est aussi un vrai bouffon.

Présentation de son livre : « Éric Delbecque s’est plongé dans les arcanes de l’ultra-gauche. Entre black blocs, zadistes et autres militants ayant renoncé à l’utopie pour la violence, la France de ceux qu’il nomme les « ingouvernables » »

Voici un exemple de ses interventions :

  • Huffington Post, 18/03
    hxxps://www.huffingtonpost.fr/eric-delbecque/les-black-blocs-ne-sont-pas-des-gilets-jaunes-radicalises-voici-pourquoi_a_23694729/
  • Le Point, 13/03
    hxxps://www.lepoint.fr/societe/eric-delbecque-une-nouvelle-revolution-francaise-est-envisageable-13-03-2019-2300679_23.php

6.000 voitures et 4.000 commerces « dégradés » depuis le début (sans compter la journée du 16 mars)

Le coût des dégradations commises depuis le début du mouvement des « Gilets jaunes », le 17 novembre dernier, sans compter les dégâts de samedi dernier, s’élève à environ 170 millions d’euros, a annoncé lundi le ministre de l’Economie et des Finances, Bruno Le Maire.

« L’ensemble des déclarations de sinistres représente environ 170 millions d’euros », a déclaré Bruno Le Maire sur la base de chiffres fournis par la Fédération française de l’assurance, excluant le samedi 16 mars. « C’est 10.000 déclarations de sinistres sans compter les déclarations de samedi », a-t-il ajouté, précisant qu’elles concernaient 6.000 voitures et 4.000 commerces.

En comptant le samedi 16 mars, les dégâts atteignent les 200 millions d’euros (soit 30 millions rien que sur la journée).

 

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