Marseille, France : Récit de la troisième semaine sur La Plaine

Troisième semaine de chantier sur la Plaine

Après le calme relatif de vendredi, samedi et dimanche (des arrestations ont quand même eu lieu, mais aussi du sabotage et des constructions sauvages), les hostilités ont repris lundi après-midi avec la mise en place de blocs de béton de plusieurs tonnes reliés entre eux (et avec des contrepoids faits des premiers blocs de béton installés les semaines
précédentes) et formant un mur de 2m50 de haut. Le but étant d’encercler la place avant le jeudi férié qui arrive, les ouvriers bossent avec l’appui des CRS sous la pluie jusqu’à 19h30.
Encore des arrestations d’opposants qui participent tout les jours, et depuis tôt le matin, au ralentissement des travaux ; mais une bonne nouvelle : la personne en préventive vient de sortir.

De petits actes de sabotage sont perpétrés dans la à nuit au départ des casqués.

Mardi, le ceinturage massif de la place se poursuit. Le soir encore du sabotage par quelques dizaines de personnes.

Le mercredi, la fermeture de la place est terminée. Encore des arrestations. A la fin du chantier, une petite bagarre éclate avec des ouvriers et sous les gazs. Le soir une tentative d’ouverture du mur se tente sans grand succès et avec les condés (et les vigiles toujours) qui rôdent pas loin. Dans la nuit, plein de graffeurs retournent de graffs une bonne partie de l’enceinte extérieure.

Jeudi 1er novembre, une manif’, plus petite que la précédente, rejoint la Plaine tandis que des graffeurs continuent le travail de la veille en pleine journée et sous les yeux des keufs. Cette manif’ a pour but d’enterrer symboliquement la concertation avec la mairie. Ce qui prouve encore une fois cette volonté affichée de négocier avec l’état et le capital sa propre gentrification. Finalement, mis à part que les gens qui vivent dans ce quartier, ou qui y passent, n’ont pas été concertés suffisamment par les autorités compétentes (aux dires de pas mal de gens), on se demande vraiment ce qui gêne une bonne partie des personnes qui contestent le projet de la SOLEAM. La SOLEAM qui, finalement, veut leur apporter cette gentrification alternative qu’ils souhaitent (et qui est d’ailleurs déjà en cours depuis des années).

Contrairement à d’autres quartiers de cette ville ultra populaire qui ont un rapport conflictuel massif vis-à-vis de l’Etat et du salariat, cette incapacité dans le quartier à avoir un positionnement de classe contre le patronat et antiautoritariste contre l’Etat vient de son taux très élevé de gens de “gauche” (il a bien fallu des électeurs pour donner mandat à Méluche). Ces gens étant dans la fonction publique, l’associatif qui cogère la misère sociale de la ville, ou dans la petite alternative, et la grande d’ailleurs aussi ; donc, la plupart du temps, dans la composition de classe et/ou avec l’Etat.

Même une partie de l’Autonomie du quartier (qui y concentre quasi toute celle de la ville) n’échappe pas à ce constat. En effet, ces dernières années, on a bien vu, un peu partout en fRance,une frange de l’Autonomie prendre le relais de la gauche (au point de parfois devenir celle-ci, comme ces autonomes marseillais [dont une partie vivant, ou passant à la Plaine] qui ont participé, ou contribué à la création du syndicat Sud association), s’engouffrant ainsi dans certaines des thématiques et pratiques de la gauche.

A mon avis ça sent la fin de cette lutte (vu que la seule perspective a l’air d’être la farandole en fin de manif au lieu de l’action directe) mais aussi la suite de l’affrontement entre les diverses couches sociales du quartier une fois le chantier bien lancé et la flicaille bien partie… A suivre dans les prochaines brèves.

CSH, un schlag autonome qui veut continuer à boire ses coups au milieu des cadavres vivants et des cadavres de bouteilles de la Plaine en attendant l’avènement d’une révolution sociale (qui peut-être ne viendra pas) qui abolira Etat et capital.

[Reçu par mail]

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