Île de la Réunion : Du gilet jaune à la colère noire – Sur les révoltes des trois dernières nuits

Depuis samedi 17 novembre, la contestation contre la « vie chère » prend des tournures intéressantes à certains endroits, comme sur l’île de la Réunion. Des blocages d’axes routiers, de dépôts pétroliers et de zones commerciales se succèdent. Dans la ville du Port, l’entrée de la SRPP, la Société Réunionnaise de Produits Pétroliers, a été bloquée lundi par une cinquantaine de personnes, paralysant le « poumon économique » de l’île.  De nombreux vols pour Paris ont dû être annulés durant le week-end. Mais pas seulement, puisqu’on apprend que la routine culturelle, scolaire et étudiante est également perturbée: « Conséquences des blocages et des débordements, de nombreuses mairies ont préféré fermer les écoles. A Saint-André et à Bras-Panon, les grilles des écoles sont restées closes. Du côté de Saint-Louis, Saint-Benoît, Saint-Paul, Saint-Leu, La Possession et Saint-Denis, les administrations ont demandé aux parents de venir récupérer les enfants plus tôt afin de fermer les établissements. L’université de La Réunion avait annoncé dès samedi le report des examens prévus ce 19 novembre à une date ultérieure. De nombreux magasins ont gardé les rideaux baissés et des évènements ont été annulés ».

A la nuit tombée, la colère noire prend l’ascendant sur le gilet jaune. Pillages et saccages de magasins s’enchaînent, tout comme les attaques contre les biens des riches et de l’Etat.

Dans la nuit de lundi à mardi,  la multinationale de fast food MacDonalds au Port s’est fait caillasser en début de soirée. Mais plus tard dans la soirée, des individus cagoulés y sont retournés pour terminer le travail. Après avoir retourné et détruit le mobilier à l’intérieur, ils sont repartis en foutant le feu. Des pillages ont eu lieu plus tôt dans la journée, visant notamment un magasin de sport de la ville de Saint-Pierre; des manifs sauvages se sont déroulées à Saint-Denis, où de nombreuses voitures ont été incendiées. Le supermarché Score dans le quartier Vauban et une pharmacie ont entre autres été pillés et saccagés. Des jeunes se sont ensuite regroupés près du magasin Simply Market à La Providence. Un attroupement s’est formé, des poubelles ont été incendiées pour empêcher toute circulation. Puis les jeunes ont attaqué les rideaux de fer du Simply Market avant de pénétrer à l’intérieur et de vider les rayons de bouffe et de boissons. A Saint-André, des enragés ont attaqué la mairie annexe de Cambuston et l’ont incendiée. Des feux nocturnes ont eu lieu à Saint-Gilles-les-Bains, tandis qu’à Saint-Paul, un bâtiment SFR et un magasin Orange ont été pris pour cible.

La nuit précédente, entre samedi et dimanche, quatre gendarmes ont été blessés à Saint-Paul. A Saint-Benoît, un magasin est parti en fumée et nombreux autres ont été pillés et saccagés, tandis qu’au Port, un concessionnaire automobile Peugeot a été pris pour cible: près de 70 30 véhicules ont été réduits en cendres dans l’incendie.

Dans la nuit de samedi à dimanche, première nuit d’émeutes, des voitures et des poubelles ont été brûlées, des vitrines de commerces détruites et des affrontements avec la flicaille ont fait rage à coups de galets jusque tard dans la nuit.

Le patronat et l’Etat commencent à s’affoler sur la tournure que prend le mouvement social parti des « Gilets jaunes », notamment en raison de la multiplication des blocages de centres névralgiques de l’économie, tels que les dépôts pétroliers, les centres commerciaux, les centres de distribution alimentaire de grandes surfaces…, mais aussi et sutout de l’implication de centaines de jeunes insurgés, qui ont la dalle et la soif d’en découdre avec la domination. Un fossé les sépare d’une bonne partie de ce mouvement « citoyen », qui recherche le dialogue avec les autorités et souhaite une meilleure intégration au système. D’ailleurs, certains d’entre eux ont été invités par le préfet ce mardi.

La répression monte d’un cran. Ce mardi 20 novembre, la Préfecture de la Réunion a annoncé des renforts de gendarmes mobiles venant de Mayotte pour rétablir l’ordre. Un hélico des gendarmes tourne sans interruption depuis le début des émeutes et un couvre-feu de 21h à 6hvient d’être instauré dans 12 communes de l’île (Saint-Denis; Le Port; Saint-Pierre; Saint-Joseph; Saint-Leu; Saint-Louis; Saint-Paul; La Possession; Sainte-Marie; Sainte-Suzanne; Saint-Benoît, Sainte-Anne; Le Tampon; La Plaine-des-Cafres) et sera en vigueur jusqu’au vendredi 23 novembre (et au-delà si nécessaire).

Mardi matin, un Saint-Marien de 23 ans a été condamné à 2 ans de prison ferme. Il a été coupable du pillage du magasin Promocash de Sainte-Marie. Les faits remontent à dimanche soir. Il a expliqué à la barre qu‘il a volé parce qu’il avait faim.

[Reformulé de leur presse]

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