Acte X des « Gilets Jaunes », France : Les autoritaires convergent pour tenter de mater la révolte – 19 janvier 2019 [Mise-à-jour]

Depuis le samedi 12 janvier, on voit dans de nombreuses villes de plus en plus de parcours déposés et encadrés par des services d’ordre qui travaillent naturellement avec la police, pour tenter de briser le caractère sauvage et mobile des manifs ainsi que les multiples possibilités d’affrontements et de saccages qui en découlent. Tentant en somme d’étouffer les possibilités émeutières de ce mouvement en les ramenant vers celles, citoyennes et pacifiques, des traditionnels cortèges de la gôche syndicale et politique. Si à Paris, le service d’ordre est notamment composé de miliciens d’extrême-droite comme l’ex-militaire Victor Lenta ou qu’à Marseille il en fut de même samedi dernier, ailleurs ce peut être aussi bien la gôche qui s’en occupe. Alors que certains analysent depuis le début ce mouvement selon la grille de lecture éculée réactionnaire/progressiste, c’est bien entendu la question ordre/désordre & organisé/sauvage qui se pose ici, et il n’est pas étonnant de voir localement des fachos comme des militants de gauche essayer de cadrer, diriger ou contenir le mouvement. La constitution de services d’ordre en est l’expression la plus symbolique.

Dans le bastion ouvrier de Belfort le 19 janvier par exemple, ce sont notamment des syndicalistes CGT qui ont composé le SO sous le nom de « coalition pacifique » avec brassards blancs, s’interposant à plusieurs reprises pour protéger les flics et obligeant des gens à se démasquer. Face au petit groupe de jeunes qui voulait en découdre, le SO a essuyé des insultes comme « Vous êtes des collabos. On n’aura rien sans la violence. Il n’y a jamais eu de révolution qui a marché sans violence. Le pacifisme c’est des conneries. Vous roulez pour Macron ». Fort heureusement, il n’a pu empêcher à la fin que des pavés soient descellés et balancés sur les bleus. On notera aussi que, plus discrètement, deux pneus d’un fourgon de police ont été crevés.
Dans l’Est toujours, pour la première fois la manifestation de Besançon (Doubs) était là aussi déclarée avec autorisation préfectorale (contrairement à Belfort où le préfet l’avait interdite) sur un long parcours destiné à épuiser les manifestants, et munie d’un service d’ordre (en brassard orange). Vers 15h, aux cris de « avec nous ! », une centaine de manifestants vont tout de même essayer de diverger du millier de moutons pour sortir des clous. La manifestation se scinde alors, et le service d’ordre tente de canaliser : « A droite c’est déclaré, à gauche ça ne l’est pas ! ». Une centaine de personnes finira par emprunter la rue Victor Hugo en s’éloignant du cortège co-organisé avec les flics. Mardi 22 janvier, l’assemblée de 200 gilets jaunes s’est tenue à Busy dans la salle paroissiale à côté de l’église, ce qui est tout à fait dans le ton de cette tentative locale de retour à la normalité (malgré l’envahissement du Kursaal le 18 janvier où le délégué national de LREM tenait meeting, il faut bien occuper la base).

Le fait qu’un des leaders des gilets jaunes de Besançon soit un syndicaliste bien connu de FO étonnera-t-il encore quelqu’un ? Un peu de la même façon que la leader locale Céline Roy de Vesoul (Haute-saône) ait rejoint la France Insoumise, ou qu’à Lille ce soit Alexandre Chantry, de ce même parti, qui essaye de mener la danse ? A Toulouse, autre bastion de gôche, il existe également un début de service d’ordre (avec brassard jaune), même s’il n’a rien pu empêcher du tout malgré quelques tentatives.
Et il y a même un bouffon, Pierre Cardinale, entrepreneur proche du PS, qui vient d’appeler à créer un SO nommé « gilets roses » pour la prochaine, « qui pourraient être constitués des services d’ordre des organisations syndicales, des partis politiques, des forces vives et pourraient protéger aussi bien le droit de manifester que le devoir de protéger notre ville ».

A Toulouse ou à Rennes par exemple, deux villes où les agences et commerces de ce monde d’exploitation et de misère morflent de samedi en samedi, on a pu voir que lors de cette journée, certains Gilets Jaunes pacifistes (toujours avec le pouvoir) ont usé de leurs poings contre ceux pour qui la rage n’est pas qu’une question de slogans ou de postures. Des commerçants de la ville rose se sont également rebiffés en prenant à parti des révoltés… Pour couronner le tout, des associations de commerçants de plusieurs villes (Dijon, Grenoble, Rennes, Bordeaux, Metz, Toulouse…) ont adressé une lettre au gouvernement pour quémander des moyens supplémentaires à l’Etat contre les émeutes des samedis après-midi. Ils disent « ne plus pouvoir travailler en sécurité » et suggèrent au ministère de l’Economie rien de moins qu’un plan Marshall pour les commerces lorsque le mouvement des « Gilets Jaunes » sera terminé: « des exonérations de taxes et de charges, des aides aux pertes et dégâts subis, des interventions auprès des banques et assurances pour faciliter les procédures et un accompagnement particulier : « État de catastrophe exceptionnel du commerce ». Après les blocages d’autoroutes, de zones industrielles et commerciales fin novembre, les samedis d’émeutes au centre-ville en pleine période de fêtes de fin d’année et désormais pendant les soldes, les bourgeois tirent la gueule, ce qui est somme toute normal lorsque la contestation échappe aux syndicats/organisation/partis politiques.]

A Toulouse, lors d’une nouvelle manif des gilets jaunes samedi 19 janvier, 10.000 personnes ont battu le pavé, dont une bonne partie a affronté les flics et érigé des barricades, mis à sac de nombreux commerces et institutions de la ville… Outre l’attaque du Capitole a l’huile de vidange et a la peinture, les banques ont une nouvelle fois subi les assauts des enragés: cinq banques ont été détruites, dont l’agence de la Banque Populaire rue Alsace-Lorraine, qui a été entièrement saccagée (avec de nombreux documents balancés dans la rue). Un départ de feu a même été constaté à l’intérieur, mais les pompiers sont très vite intervenus.

Le Capitole…

A la suite de ce dixième acte, il devient difficile de retirer de l’argent au centre de la ville rose:  

« Selon Pierre Carli, président du directoire de la Caisse d’Epargne Midi-Pyrénées et président du comité d’Occitanie de la Fédération Bancaire Française (FBF), « une cinquantaine d’agences bancaires ont été saccagées sur Toulouse et sa région avec des façades taguées et des vitrines brisées. Depuis le début des manifestations, on dénombre une cinquantaine de distributeurs de billets hors service ». Les dégâts, selon ce professionnel, sont estimés selon la gravité, de 1000 euros à plusieurs centaines de milliers d’euros. «Le premier week-end après les manifestations, les banques ont procédé à la réparation de ces machines, assure Pierre Carli. Mais depuis, pour de multiples raisons, tout est suspendu. Tout d’abord, les entreprises spécialisées sont surchargées par les remises en état. Et ensuite, on préfère attendre la fin des violences du samedi, pour effectuer le remplacement» ». Ce dernier conclut: « ce n’est plus l’argent qui est convoité mais le symbole financier et l’économie que les casseurs veulent mettre à terre ». (La Dépêche, 21/01/2019)

Le 23 janvier, on apprend que les émeutes à Toulouse ont fait plus de trois millions d’euros de dégâts depuis le début du mouvement.

Quelques tags de ce samedi 19 janvier à Toulouse:

Sur la boutique de la compagnie aérienne…

« Gréve des loyers – On paye plus »

« Un spectre hante Vinci…. »


A Rennes, de nombreux commerces, banques, mobilier urbain et pubs ont été détruits durant l’après-midi. Comme pour Bordeaux, peu d’infos sont sorties dans la presse. En cherchant un peu sur les réseaux sociaux, on apprend quand même que le restaurant Bagelstein, chaîne de restauration rapide appréciée des bobos et célèbre pour sa communication sexiste et homophobe, s’est fait péter ses vitres lors de cet acte X. Il semblerait même que c’est loin d’être une première, puis que le patron a décidé de fermer définitivement. Comme quoi, la détermination par l’action directe finit toujours par payer…

D’autres attaques ont eu lieu ici ou là dans la ville, mais des Gilets Jaunes se sont improvisés pompiers de la révolte. Nos « pacifistes » savent toujours user de la violence lorsqu’il s’agit de protéger les intérêts des riches et de l’Etat, de tenter de garantir l’ordre lorsque les flics tabassent et mutilent toujours plus forts (lors de cet acte X, un manifestant a perdu un oeil après avoir reçu un tir de LBD, tandis qu’une femme a été traînée sur 50m après avoir été copieusement matraquée (la gueule du flic bourreau reproduite ci-dessous). On voit par exemple sur cette vidéo un groupe de pacificateurs en jaune se dépêcher d’éteindre ce qui semble être une barricade (cf ci-contre). Ou encore d’autres à tenter d’empêcher des enragés s’en prendre à des agences interim.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Bordeaux: les samedis d’émeutes font 1,2 millions d’euros de dégâts

Après neuf samedis de manifestation, Bordeaux a donné une première estimation du montant des dégâts, et la note est salée : selon ce calcul, la facture atteint les 1,2 million d’euros.

A eux seuls, les dégâts sur le réseau du tramway sont chiffrés à 428.000 euros, notamment la réparation des coffrets et des câbles électriques qui permettent l’alimentation électrique des rames par le sol. Ces installations ont été à plusieurs reprises endommagées par les feux allumées sur les voies du tram, notamment place Pey-Berland, cours pasteur et cours Alsace-Lorraine.

Le 23 janvier, Sud Ouest publiait un article (payant) intitulé « Après les manifestations à Bordeaux : retirer de l’argent en ville devient mission impossible ». Chaque samedi depuis plus d’un mois et demi, les DABs des agences du centre-ville ont été systématiquement explosés, à coups de marteau pour la plupart (paraît même que comme à Toulouse, il y avait des (A) tagués sur les lieux du sabotages). Les journaleux, soucieux du bon déroulement de ce monde d’aliénation et de consommation, voudrait nous faire verser une larme pour les commerçants qui sont impactés par ces attaques contre l’oppression du fric. 


Un point sur la répression

Au cours de la manif du 19/1 à Bourges (Cher), l’agence de crédit Empruntis place Séraucourt a morflé : « Quand on est arrivé, il y avait un brasier devant l’agence. Ils avaient pété une vitrine et faisaient cramer les tables, les chaises de la salle de réunion, ainsi que deux ordinateurs », raconte son gérant. Un plombier chauffagiste en intérim de 36 ans vient d’être condamné à 10 mois de prison ferme lundi 21 janvier, pour des jets de pierre sur les policiers et la participation à l’incendie du mobilier de cette agence de crédit. Un autre, chômeur de 21 ans, a également pris 10 mois ferme avec mandat de dépôt suite à un contrôle juste avant la manif avec dans le coffre de sa vieille R21 « trois casques, des coudières, des bocaux en verre, plusieurs bouteilles remplies de vis ou d’acide chlorhydrique, un rouleau d’aluminium, une hachette, un club de golf, un piolet, des boules de pétanque ».

A Béziers (Hérault) vendredi 18/1, deux chômeurs de 38 et 40 ans ont été arrêtés après enquête et sont passés en comparution immédiate lundi. Ils sont accusés d’avoir lancé « des cocktails Molotov en direction de la base logistique et des agents postés devant » le week-end des 24-25 novembre en début du mouvement, à la plateforme logistique alimentaire de 66 000 m² d’Intermarché à Villeneuve-lès-Béziers, desservant plus de 200
magasins. Ils sont également accusés d’avoir incendié dans la nuit du 5 au 6 janvier le transformateur électrique du parc d’activité de toute la zone, La Méridienne.
L’un a pris 3 ans de prison dont un avec sursis mis à l’épreuve, le second à 18 mois de détention dont six mois avec sursis mis à l’épreuve.

Cinq lycéens de Nîmes (Gard) ont été placés en garde-vue mardi 22 janvier pour la manifestation lycéenne du 6 décembre, où un véhicule de police avait mangé des pierres, ainsi que matériel urbain.

Lundi 21 janvier, un agent commercial de 31 ans a été condamné en comparution immédiate par le tribunal de Toulouse suite à l’émeute de samedi. Il est accusé d’avoir visé avec un laser l’hélicoptère de la gendarmerie, qui survolait la place du Capitole. Pour le tribunal, l’usage du laser a nui à la visibilité du pilote de l’hélico. Ce dernier, présent à l’audience, a expliqué : « Lorsque l’on a survolé le capitole on était entre 500 et 800 mètres, le faisceau (laser) nous suivait (…) au 5ième ou 6 ième coup de laser on a décidé de focaliser sur cette personne. Avec les phares plus la caméra et le suivi en thermique, on a enregistré entre 12 et 15 fois le faisceau. Cela nous a permis de donner un signalement vestimentaire, la couleur du masque, des vêtements, un petit sac à dos et un brassard réfléchissant. ». Un policier également présent dans l’appareil explique : « la caméra avec zoom spotter nous permet de donner un signalement précis , on l’a suivi pendant 20 minutes dans les rues dans l’espoir qu’un équipage au sol puisse l’interpeller. On ne l’a plus lâché, on ne l’a jamais perdu de vue « . Des policiers en civil qui circulent à moto, informés par l’hélicoptère, le repèrent une première fois et sont visés eux aussi par le laser. Ils doivent se protéger le visage. Le laser qui a été saisi est un laser de catégorie 3 très puissant. Il a été condamné à 30 mois d’emprisonnement, dont 18 avec sursis.

« A trois jours de l’acte 11, la police dévoile qu’un groupe d’enquête «gilets jaunes» est opérationnel depuis début janvier dans la Ville rose. « Il est dédié aux investigations sur les exactions, les violences aux personnes et les dégradations durant les manifestations dites des « gilets jaunes » », indique la porte-parole de la Direction départementale de la Sécurité publique (DDSP31). Cette unité, placée sous l’autorité du procureur de la République, est composée d’enquêteurs de la Sûreté départementale, dont certains spécialisés en cybercriminalité. Autrement dit, […] ils resteront dans leur « open space » du commissariat pour analyser les images et surveiller les réseaux sociaux. « Leur travail est d’identifier et de présenter à la justice les individus qui organisent ou incitent aux violences et ceux qui les commettent », précise encore la DDSP31. » (20 Minutes Toulouse, 23.01.2019)

Lundi 21 janvier à 6h, 85 gendarmes de la section de recherches de Montpellier et du groupement de gendarmerie départementale de l’Aude ont arrêté 14 hommes et femmes (de 17 à 43 ans), à Narbonne et dans sa région. Ils doivent être présentés à un juge d’instruction, notamment pour « association de malfaiteurs ». Tous sont soupçonnés de la destruction de la barrière de péage de Narbonne Croix Sud, sur l’autoroute A9, puis de celle du bâtiment et des véhicules de Vinci, mais aussi et surtout de la destruction totale par incendie du peloton autoroutier de gendarmerie de Narbonne, le 1er décembre dernier. La section de recherche de Montpellier avait monté une cellule d’enquête spéciale, mobilisant 24 gendarmes à temps plein. Lors des perquisitions, ces derniers ont retrouvé des uniformes de gendarmerie et de Vinci volés lors de l’attaque.


Aude, janvier : les banques ferment 

Pour Carcassonne, la facture liée aux dégradations commises sur les agences bancaires, en marge du mouvement des Gilets jaunes, s’élèverait entre 200 000 et 250 000 € selon Didier Combis, président du comité des banques de l’Aude. Pour Narbonne, la note se situerait entre 150 000 à 200 000 €.
« Les réparations ne sont pas terminées », précise Didier Combis, qui relève par ailleurs que quelques agences ont dû temporairement être fermées.

[Reformulé de la presse]

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