Italie : Révoltes en cours dans plusieurs prisons – 8 et 9 mars 2020

En ce moment même, des révoltes embrasent plusieurs taules en italie : à Modène, Salerno, Pavie, Opera et San Vittore (Milan), Poggioreale (Naples), Frosinone (près de Rome) et aussi à Vercelli, Palerme, Alessandria (près de Turin), Bari et Foggia. La répression est sanglante, on compte déjà 8 prisonniers tués (6 à Modène, un à Alessandria et un à Verone). Selon les journaflics, la plupart de ces morts aurait été provoqué par des overdoses médicamenteuses.

Le décret du 8 mars (qui met en quarantaine 14 provinces, toute la région de la Lombardie et les provinces de Modène, Parme, Piacenza, Reggio Emilia, Rimini, Pesaro et Urbino, Alessandria, Asti, Novara, Verbano-Cusio-Ossola, Vercelli, Padoue, Trévise, et Venise) a mis le feu aux poudres.
L’impact direct, cruel, de ce décret pour les prisonniers et les prisonnières : suspension des parloirs au moins jusqu’au 3 avril.

La situation dimanche 8 mars au soir

Pour Modena, un feu de matelas a ravagé un partie de la taule côté « hommes » dans l’après-midi, dont les parties sanitaires. Le bureau des matricules où sont gardés les dossiers des détenus aurait aussi cramé. Les mutinés ont repris les espaces communs jusqu’à la conciergerie, derrière laquelle ils se sont barricadés, provoquant la fuite d’une vingtaine de matons et de personnel de santé. Les flics en tenue anti-émeutes ont ensuite débarqué, tabassé et délogé. Certains détenus, en chemin pour l’évasion, avaient réussi à atteindre la cour de promenade. Mais tard le soir, quand les agents de la police pénitentiaire sont revenus entre les murs, certains détenus étaient encore barricadés.
Les détenues côté « femmes » ont rejoint elles aussi la révolte par le feu.

Trois détenus (au moins) sont morts. Deux matons ont été blessés dans leur fuite.
Le feu ayant saboté la machine, environ 80 détenu-es sont transféré-es en bus. Des personnes solidaires sur place ont entendu crier « Bologna » depuis ces bus.

A Pavie, ce soir (8 mars) la révolte dure depuis 19h30, après que des proches des détenus soient venues crier aux portes contre l’arrêt des parloirs. Des prisonniers ont mis le feu à leur matelas, certains sont montés sur le toit, 2 matons sont tenus en otage par des détenus déterminés, qui leur ont arraché les clés pour libérer des dizaines d’autres compagnons de galère. Il semble qu’à 23h les deux merdes en uniforme aient été relâchées…

A Frosinone (au sud de Rome), une centaine de détenus s’est barricadée dans une section de la prison, mais la police les a délogés. D’après les journaflics, les prisonniers ont dressé une liste de revendications, dont le rétablissement des parloirs, et tentent de négocier avec la direction.

A Poggioreale, Napoli (dans la plus grande taule d’Italie avec plus de 2200 prisonniers), de nombreuses familles des détenus se sont rassemblées au pied des murs et ont bloqué le trafic alentour pour rendre visible ce qui se jouait à l’intérieur. Certains détenus se sont hissés sur les murs qui entourent la cour de promenade, et une trentaine d’entre eux est montée sur le toit en criant sa rage contre la suspension des parloirs.

à Milan

A Opera (Milano), plus d’une centaine de prisonniers ont saccagé tout ce qui était à leur portée.

A Salerno, où la révolte a eu lieu la veille au soir, toute une section de la prison a été dévastée.

Pour le moment les nouvelles sont données au lance-pierre, et peut-être demain on en aura plus…

Parce que « Fuoco alle galere », ce n’est pas une formule magique mais une pratique réelle pour saboter la machine carcérale …
Solidarité avec tous les mutins, et toutes les mutines ! De toutes les cages, de toutes les prisons, camps, HP, CRA et CPR…
Vive le virus de l’anarchie !

[Reçu par mail]


Sur la révolte et le massacre à l’intérieur de la prison de Modène

Aujourd’hui (8 mars), en début d’après-midi, une révolte a éclaté dans la prison Sant’Anna à Modène. Elle était clairement visible depuis l’extérieur, avec trois colonnes de fumée noire s’élevant dans le ciel depuis les tentacules de la taule, les va-et-vient des gardiens ainsi que la présence d’un hélicoptère de la police survolant la zone.
Dans les rues alentours, des proches des détenus, des personnes solidaires et d’autres spectateurs se sont rassemblées. Illes pouvaient voir les GOM [1] parader en tenue anti-émeutes et entendre distinctement quelques coups de feu. Malgré une tentative d’évacuation par les pompiers, les gens sont quand même restées rassemblées devant la prison face au défilé des ambulances, des fourgons et des minibus de la police pénitentiaire.

A un moment, suite aux demandes de nouvelles de la part des familles, le major de la pénitentiaire et un émissaire de la directrice de la taule ont annoncé qu’après négociation avec les mutinés barricadés dans l’aile, leurs téléphones ont été restitués afin d’appeler leurs proches. Ils ont exhorté les familles à les contacter et à leur demander de sortir.

Dans la soirée, sous les yeux d’un groupe imposant de policiers anti-émeute, les flics sont sortis pour escorter quelques détenu-es menotté-es, tout en les frappant. Quelqu’un est sorti sur une civière. A cette heure-là déjà, quelqu’un a aperçu un sac contenant un cadavre.

Pendant la révolte, des gens ont réussi à communiquer avec les détenus présents dans l’aile adjacente au champ. Ils ont donné quelques infos sur les transferts en cours ; ils ont dit aussi qu’ils étaient les derniers à être déplacés de la section et qu’ils étaient en train de se faire massacrer.

80 personnes ont été transférées, apparemment à Bologne, Reggio Emilia, Parme, Piacenza et Ascoli, dans quatre bus de la prison au moins et d’autres fourgons.

Les médias du régime ont réécrit l’histoire : la révolte serait partie de la section des travailleurs, avant de s’étendre à toute la prison où les prisonniers auraient brûlé des matelas et se seraient barricadés dans au moins l’une des structures. Et ce, apparemment, à partir d’une vidéo où on les verrait prendre possession de l’armurerie de la prison.

Trois personnes sont mortes durant cette mutinerie. Leur identité n’est pas précisée, ni les causes exactes des décès. Dans le même temps, deux détenus seraient en réanimation à l’hôpital, entre la vie et la mort. On parle de dégâts graves pour le bâtiment, et de destruction de documents.
A l’origine de l’éclatement de la révolte : l’annulation des parloirs et le manque de médiateurs à cause du virus, ainsi que les mesures de sécurité sanitaire à l’intérieur de l’établissement.

Tard dans la soirée, il y avait encore, apparemment, des mutinés barricadés ; LA SITUATION ÉVOLUE EN CONTINU. »

[Traduction de l’italien de roundrobin.info, 09.03.2020, reçue par mail]

NdSAD:
[1] Pour « Gruppo operativo mobile », équivalent des ERIS en France.

Prison de Modène


Une mise à jour en ce début de lundi 9 mars :

– à Modène, d’après des compas toujours sur place, la révolte compte désormais 6 morts côté « hommes ». La désinformation active des médias parle d’overdoses… Et à l’heure actuelle, la révolte se poursuit à l’intérieur.

San Vittore

– Une révolte a éclaté ce matin dans la taule de San Vittore (Milan).
Une vingtaine de détenus est montée sur le toit, aux cris de « Liberté, liberté ! ». Du côté sud de la prison, des colonnes de fumée s’élèvent depuis quelques cellules. L’intérieur résonne des cris et des bruits provoqués par des coups incessants contre les grilles et les murs, comparables à ceux d’un chantier de construction. Les flics en tenu anti-émeute sont entrés à l’intérieur et les pompiers sont arrivés. Les rues autour de la prison sont fermées (cette prison est dans une zone centrale de Milan).

Des compas se sont rassemblées vers midi au pied des murs, en criant sans relâche « Fuoco alle galere ; tutti liberi, tutte libere ! » et brandissant une banderole de soutien : « Daje raga’, siamo con voi. Rivolta ! » (Allez les gars, on est avec vous ! Révolte !)

– Les médias du régime parlent désormais de 27 prisons « en agitation ».

– Dans la taule de Brindisi (Pouilles) aussi, une révolte a éclaté dimanche soir sur les coups de 23h. Des feux de joie sont partis depuis les cellules, aux cris des prisonniers et d’un groupe de leurs proches qui se sont rassemblés dans les rues voisines.

– La belle nouvelle du jour, à confirmer, serait l’évasion de 20 détenus à Foggia (toujours dans les Pouilles) ! Ce qui est sûr, c’est qu’une cinquantaine de prisonniers ont tenté de fuir ce lundi matin. Ils ont arraché une porte du « block house », la zone qui les sépare de la rue, puis ils ont escaladé les portes le long du périmètre de la prison. Arrivés à l’extérieur de la taule, une trentaine s’est fait rattraper par les flics assistés par les carabinieri, l’armée et un hélico. Une vingtaine de mutins serait en fuite… Buena fortuna a loro !
Durant la révolte, certains détenus étaient montés sur le toit, d’autres ont cassé les fenêtres, et un incendie s’est déclaré à l’entrée de la prison. Un des mutins, blessé à la tête, a été emmené sur une civière.

– Quelques précisions sur la révolte dans la taule Fuorni de Salerne, commencée samedi 7 mars après-midi :  les 120 mutins ont utilisé les barreaux de fers des lits pour détruire tout ce qui devait être détruit.

Après avoir ravagé comme il se doit le deuxième étage, ils ont arraché les barreaux des fenêtres et ont réussi à grimper sur le toit. La police pénitentiaire a tenté sans succès d’apprivoiser la révolte, tandis que des renforts d’uniformes sont arrivés de toute la région. L’hélico des carabinieri a survolé la zone jusqu’à 20h environ, au moment où les détenus se sont faits remettre en cage.

Des mutins sur le toit de la prison de San Vittore, lors de la révolte de 1969

[Reçu par mail]

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