Bautzen/Rodewisch (Saxe), Allemagne : Sabotage incendiaire chez deux constructeurs de la maxi-prison de Marienthal – 5 novembre 2019 [+ Quelques notes sur le contexte local]

[Dans la nuit du 5 novembre 2019 en Saxe, des incendies ont été déclenchés chez deux constructeurs de prison à deux endroits opposés: l’un chez Hentschke Bau GmbH à Bautzen, tout à l’est en zone frontalière avec l’Autriche et la Pologne; le deuxième chez VSTR GmbH à Rodewisch (au sud-ouest de Leipzig et du Land), où deux camions à benne et une excavatrice, ainsi qu’une camionnette sont partis en fumée sur le parking de l’entreprise, protégé par une clôture grillagée. Le dommage est évalué à 400.000 euros. Ces deux entreprises participent activement au chantier de la future prison de Zwickau-Marienthal. En août dernier, des machines du constructeur ‘Hentschke Bau’ ont été sabotées par les flammes sur le chantier de la maxi-prison de Marienthal.

Mais un fait inhabituel nous montre que les incendies de ces dernières semaines en Saxe commencent à poser quelques soucis à l’Etat et aux bâtisseurs de ce monde: dans la matinée de ce vendredi 8 novembre à Dresde, le ministre de l’Intérieur de Saxe, Roland Wöller (CDU), a annoncé que la direction de la police judiciaire régionale (LKA) était prête à offrir 100.000 euros à tout citoyen qui pourrait apporter « des éléments utiles à deux enquêtes en cours »: celle d’abord concernant l’incendie du 3 octobre 2019 contre un projet immobilier de luxe à l’est de Leipzig (cf en fin d’article) et une autre contre les incendies de ce 5 novembre contre deux constructeurs de taules. La raison principale est que les larbins de l’Etat affirment y voir les mêmes mains incendiaires derrière ces deux attaques. Si les récompenses sont monnaie courante en Allemagne à celles/ceux qui aident les flics dans leurs enquêtes (entre 10 et 20.000 euros en moyenne), des offres à plus de 5 chiffres sont très rares.
Ce même ministre, qui a rencontré le maire de Leipzig, Burkhard Jung (SPD), a par ailleurs annoncé quelques mesures « pour lutter contre l’ultra-gauche » à Leipzig, à savoir notamment la création d’un « groupe de contrôle » composé de la police de Leipzig, la direction de la PJ régionale (LKA), le procureur général et la direction de la sécurité du territoire (Verfassungschutz).]

Assassinons la société carcérale – Feu aux ennemi.e.s de la liberté

L’existence des prisons sert au conditionnement de l’humain, à la gestion de la misère, à l’extinction de la rébellion, à la torture du corps, à l’assèchement de l’âme. Pour une société carcérale comme la nôtre, il est nécessaire de mettre sous clé la misère qui produit l’ordre capitaliste. Lorsque l’on naît pauvre, on a un fort risque d’atterrir à tout moment derrière les barreaux. La taule fait fonctionner l’ensemble de la machine de l’oppression en faisant appliquer les jugements de la justice dans l’intérêt des classes aisées. La lutte pour la justice sociale doit donc toujours être aussi une lutte contre cette mentalité et l’existence des prisons. La lutte pour la libération des humains doit abolir la société carcérale.

C’est pourquoi nous avons frappé deux fois dans la nuit du 5 novembre : une fois à Rodewisch chez VSTR GmbH, entreprise de construction de routes et chez Hentschke Bau GmbH à Bautzen. A deux endroits nous avons incendié du matériel lourd de chantier et livré aux flammes deux camions, deux pelleteuses, une camionnette et un tracteur semi-remorque. Les dégâts matériels causés sont à six chiffres. Ces deux entreprises ont accepté des contrats pour la construction du nouveau centre de détention de Zwickau-Marienthal et y ont élevé les murs de la prison avec assiduité. Après l’attaque réussie contre le chantier en août 2019, nous nous sommes désormais joint.e.s à cette action. Des compagnon.nes qui se sont intitulé.e.s « Commando Autonome Thomas Meyer-Falk » en août dernier ont exposé davantage d’informations concernant le chantier de la prison et l’entreprise Hentschke Bau, nous aimerions ici renvoyer à leur communiqué.

Il faut que les entreprises aient à l’esprit que participer à l’industrie carcérale n’est pas rentable, nous continuons de recommander de ne pas participer à l’avenir aux affaires cruelles du système carcéral. Cela pourrait causer des maux de cœur à certain.e.s….

La prison signifie toujours isolement et exclusion de la société. Les « problèmes » de la société capitaliste sont donc en partie créés par les yeux de la population. La misère, la pauvreté qui pousse de nombreuses personnes dans la criminalité, doivent être gérées. Que ce soit en chassant les personnes sans-abri ou les mendiant.e.s des centres-villes ou bien en enfermant des individus indésirables. Une fois que ces personnes sont enfermées, la société n’a plus besoin de s’en occuper, elles sont isolées, mises au ban de la société, rendues invisibles, oubliées.

C’est également pour cette raison que la plupart des prisons se trouvent dans des zones sinistres et reculées. Les grands bâtiments gris doivent autant que possible ne pas être remarqués par la population. Il faut que ceux-ci ne rappelle pas que des gens pourrissent derrière ses murs : que c’est aussi de leur faute s’ils souffrent. Donc on s’interdit d’en parler lors de toute discussion au sujet de cette justice et de ses exécutants.

Ces dernières années, nous avons pu observer à quel point le thème de la prison perd aussi de plus en plus de visibilité dans les milieux radicaux. Par cette contribution nous voulons lutter contre ça et ramener l’existence des prisons et de leurs rôles dans notre société dans la conscience des gens et de nos compagnon.ne.s.

Nous devons montrer la prison telle qu’elle est : un instrument du pouvoir. Un outil servant aux dominant.e.s pour se protéger de la population. Sa fonction est depuis toujours de punir, pas de resocialiser. De nombreuses personnes incarcérées rejettent le fait la prison ait un effet de resocialisation. Elles déplorent plutôt le contraire : » en vérité, il semblerait que dans la plupart des prison on ne travaille pas avec mais contre les prisonnier.e.s et l’objectif de réinsertion. Au 31 mars 2018, sur les 50957 détenu.e.s, 53,3 % d’entre elles/eux avaient déjà purgé une peine de prison ou étaient enfermé.e.s en maison de redressement [prison pour mineurs].

Le prisonnier H.Deutsch écrit que la structure de fond des prisons n’a pas beaucoup changé depuis la réforme pénale des années 70. Il aurait fallu pour cela « un remplacement complet des maton.ne.s que l’on appelle encore aujourd’hui gardiens et des directeurs de prison qui ont de vieilles manières de penser les détresses ». La resocialisation ne reste qu’une mascarade qui justifie auprès de la population l’enfermement des gens. Derrière elle se dissimule encore plus les horreurs de prison et de ses conséquences pour les détenu.e.s.

Pour citer quelques exemples :

– Troubles physiques et mentaux des prisonnier.e.s en raison de la détention (jusqu’à 88 % de l’ensemble des détenu.e.s)
– Traitement médical inadapté des prisonniers
– Isolement, également connue sous le nom de « torture blanche »
– Travail forcé, aucun salaire minimum, pas de versement au fond de pension
– Mauvais approvisionnement en nourriture à des prix exorbitants pour des aliments sains au supermarché de la prison
– Sanction de contact et surveillance totale des communications.
– Harcèlement des maton.ne.s
– Vers le placement en aile « sécurité » jusqu’à la mort.

Nous soutenons les luttes des prisonnier.e.s pour de meilleures conditions de détention et la reconnaissance de leurs droits. Ceux-ci comprennent entre autres l’abolition du régime d’isolement, du placement en zone « sécurité », du travail forcé, la mise en place du salaire minimum, le versement dans le fond de pension aussi dans l’enceinte de la prison, de bons soins médicaux.
La prison ne résoudra pas les problèmes de la société. La violence inhumaine provient aussi des expériences vécues, de notre socialisation et de notre environnement social. Lorsqu’il n’y aura plus de violence, il faudra repenser à ce qu’on fera ensemble, en repensant la société. Seule une autre société, libérée, pourra résoudre le problème de la prison.

Nous espérons que nos flammes réchaufferont toutes les personnes qui sont entre les murs froids des prisons. Que notre feu soit une lumière pour tou.te.s celles/ceux qui doivent surmonter une période sombre.

Pour Loïc, pour les trois du banc public. Pour Lisa et pour Thomas [Meyer-Falk]. Votre lutte nous inspire et nous a aussi motivé pour réaliser cette attaque.

Liberté pour tout.te.s les prisonnier.e.s !

Cellule de feu combative contre les prisons

[Traduit de l’allemand de indymedia, 06.11.2019]


Leipzig : Revendication de l’incendie dévastateur sur un chantier CG-Gruppe

Un incendie volontaire sur un chantier le 3 octobre 2019 à Lepizig avait laissé trois grues et une pelleteuse carbonisées, causant au moins deux millions d’euros de dégâts. L’incendie a été revendiqué ce mardi 5 novembre 2019 sur indymedia, dans un texte intitulé « Nous avons mis le feu à la nuit – Attaque contre CG-Gruppe – Salutations enflammées aux prisonnier.e.s ». Le texte précise qu’il s’agit d’une attaque contre un nouveau projet immobilier de la ville des riches (à savoir un énième ensemble immobilier de luxe lancé par CG-Gruppe, gros groupe immobilier connu pour oeuvrer à la gentrification). Le but clairement affiché est de dégager les pauvres pour faire place nette « aux travailleur.e.s de BMW, Amazon, DHL, de la grande industrie et du secteur logistique ».
En voici un extrait : « dans la nuit du 3 octobre, nous avons incendié trois grues et une pelleteuse à l’est de Leipzig, sur la zone du projet de CG-Prestige, intitulé « FourLiving ». […] Nous sommes de celles et ceux qui tremblont pour leurs espaces de vie, nous sommes de celles et ceux qui enchaînont les taffs précaires, qui perçoivent des fonds du chômage sans trouver quasiment aucun logement en ville. Mais nous sommes surtout de celles et ceux qui ressentent la froideur sociale de cette ville de riches. Nous marchons dans les rues pleines de temples de la consommation, où la solidarité semble être un mot de temps révolus, où toute chose ne peut s’obtenir qu’avec de l’argent et où la propriété privée est d’une plus grande importance que la vie humaine. […] »

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