Santiago, Chili : La révolte incendiaire continue malgré l’état d’urgence et ses 500 militaires déployés – 19 octobre 2019

Ce vendredi 18 octobre, la ville de Santiago du Chili a été mise à feu dans le cadre du mouvement lancé le 6 octobre contre une énième hausse de prix des transports (à savoir une double augmentation du ticket de métro aux heures de pointe en 2019) : au moins 16 autobus de Transantiago ont été incendiés.
La veille, jeudi 17 octobre, 133 personnes avaient été arrêtées pour des dégradations dans les stations de métro, où les dommages se montent selon le gestionnaire du réseau à 400 à 500 millions de pesos (environ 920 000 $).

Quelques chiffres concernant l’émeute de vendredi 18.10, publiés sur le média chilien La Tercera ce samedi 19.10.2019:
« Selon les carabiniers, 308 personnes ont été arrêtées, 156 carabiniers blessés (dont 5 avec des lésions graves), 49 véhicules de police détruits, 41 stations de métro sur les 140 du réseau saccagées dont 19 par les flammes et 11 civil.e.s blessé.e.s. Dans le cadre de l’état d’urgence récemment instauré, 500 militaires patrouillent dans les rues de Santiago et aux abords de sièges d’institutions et autres bâtiments d’Etat.


Mise-à-jour, 19.10.2019 23h en métropole (18h au Chili):

En ce premier jour de l’état d’urgence, l’après-midi a commencé avec des gens dans la rue munis de casseroles, cassant les oreilles des soldats et les insultant. Il y a eu aussi des occupations de places (Plaza Italia, Plaza Baquedano, Plaza Brasil et Plaza Ñuñoa.), provoquant l’intervention des soldats pour les en chasser.

A partir de 14h, il y a eu toujours plus de tensions, jets d’objets contre lacrymos, etc. dans de nombreux quartiers. A 15h, le grand hypermarché Mall Plaza, qui restait ouvert en ce samedi, décide de fermer ses portes de crainte des pillages.

Ce samedi 19 octobre, dans l’après-midi, les feux de la révolte sont ravivés à plusieurs endroits de la capitale :

A Vicuña Mackenna, en plein centre de la capitale, cinq bus de la compagnie de transport ‘Transantiago’ sont partis en fumée vers 15h. Quelques minutes plus tard, un autre bus brûlait dans la calle Rancagua. La DTP (RATP de Santiago) annnonçait la suspension de ses services pour substituer les métros, tous fermés jusqu’à nouvel ordre. A 16h, des barricades fumaient à plusieurs endroits (notamment dans le quartier de Concepción), bloquant aussi la Ruta 5 Sur.

Vers 17h, des enragés reprennent la station ‘Elisa Correa’ sur la ligne 4 du métro de Santiago et  foute le feu. C’est le deuxième incendie qui touche cette station située dans la municipalité de Puente Alto en moins de 24 heures. Les Forces Spéciales des Carabiniers ont jeté des grenades lacrymogènes sur les manifestants. Selon des témoins, un train à l’intérieur de la station est incendié.

A 16h, des échaufourées ont lieu sur plusieurs places, gérées par les carabiniers. Quatre véhicules blindés légers de l’armée remplis de soldats arrivent sur la Plaza Baquedano, entourés par des manifestants qui exigent qu’ils se cassent. Un engin de chantier est incendié dans le quartier de Vicuña Mackena.

Déclaration de la maire de Santiago, Karla Rubilar, reçue au palais présidentiel de La Moneda : « C’est le général Iturriaga qui décidera s’il y a lieu d’appliquer un couvre-feu. Nous avons demandé que toutes les mesures soient prises, nous les maires, pour rétablir la paix. » La mairie annonce la fermeture des écoles publiques municipales lundi et mardi. Un supermarché Alvi est pillé près du métro Las Parcelas et une pharmacie calle Marín. L’immeuble de la PDI (Policía de Investigaciones, équivalent de la PJ) dans le quartier de Concepción perd des vitres. Le tribunal et un Starbucks connaissent le même sort.

Bus en train de brûler à Vicuña Mackenna, ce samedi 19 octobre 2019

Incendie de la station de métro ‘Elisa Correa’ de la ligne 4


Autour de l’incendie du siège d’Enel :

Parmi les institutions prises pour cible et incendiées vendredi 18 octobre, on compte le siège de l’Enel, gestionnaire chilien de l’électricité (ex-Endesa) : l’entreprise d’énergie a augmenté ses tarifs d’électricité de + 10,5 % en mai 2019, et a annoncé en août une nouvelle augmentation de + 10% pour le second trimestre. Le gouvernement qui fixe les prix à travers la Comisión Nacional de Energía (CNE) justifie ces hausses par l’installation de nouveaux compteurs (type Linky, nommés là-bas aussi “medidores inteligentes”) et par l’appréciation permanente du dollar par rapport au peso chilien : 1 dollar valait 679 pesos fin 2018, il en valait jusqu’à 730 fin septembre 2019.

Pour aller plus en détail, ce sont les escaliers de secours qui ont été entièrement détruits entre 22 et 23h, les flammes sont montées jusqu’au 17e étage. Le reste de l’édifice est intact, même si ici ou là il est précisé que plusieurs bureaux (aux 10e et 12e étages) ont été touchés. Ci-joint une jolie photo du résultat, prise ce matin, avec un des tags anarchistes laissé à côté qui résume bien l’idée des compagnons de là-bas :  » Ev@de y destruye !! A cerclé » (soit fraude et détruit). Bien entendu, tous les gauchistes s’indignent et s’égosillent selon la vieille thèse complotiste (aussi vieille que les staliniens) que l’incendie a été mis par le pouvoir lui-même ou ses provocateurs afin de justifier l’état d’urgence !

Liste non exhaustive des saccages et pillages de commerces effectués hier 18 octobre à Santiago pendant les manifestations, qui donne aussi une idée de l’ambiance:

– un supermarché Líder, situé à l’intersection des rues Tarapacá et Santa Rosa
– le premier étage de la Faculté d’Odontologie de l’Universidad Mayor, située au croisement des rues Brasil et Alameda. Tout son mobilier a été sorti pour servir de barricades urbaines
– une pharmacie Cruz Verde, située face à la Place Brasil
– un supermarché Alvi, dans le quartier de Pajaritos, avec pillage du high-tech (chariots remplis d’électroménager ou de TV à écran plat, etc)
– un supermarché Santa Isabel, situé à Quilicura
– un magasin Abcdin, situé au croisement des rues Pajaritos et Chacabuco, où après avoir soulevé sa grille, les émeutiers ont pillé tout le matos technologique
– trois commerces place Baquedano : une pharmacie Salcobrand, un McDonald’s et un magasin OXXO (les deux derniers également incendiés).
– plusieurs fast food situés à Alameda, l’avenue principale au centre de Santiago, ainsi que l’agence Banco de Chile (saccagée et incendiée)
– quatre banques sur la Plaza de Maipú : Banco Itaú, Condell, de Chile et Scotiabank et une agence de Enel (saccagées)

incendie au siège d’ENEL

 

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