Attaque !

Chaque matin, la sonnerie du réveil m’arrache de mon sommeil. Premier acte : j’allume mon téléphone portable.

Avec les satellites, les nœuds de communication, les antennes etc, mon portable se synchronise avec ceux de tous les autres. Nous vivons la même vie en même temps. Connecté à internet, quelque chose d’invisible me transperce, mon téléphone envoie et reçoit en permanence. Une fois que le rythme de la nuit est tué par la sonnerie et que je me synchronise avec le monde connecté, un autre temps domine. Le staccato des émissions en direct, de la disponibilité ininterrompue, celui de la mise à disposition permanente, des emplois du temps et des rendez-vous, des plannings et des impératifs. Deuxième acte : je débranche mon portable de sa prise. Sans électricité, il ne serait rien, juste du plastique et de la ferraille avec quelques éléments faits de métaux rares. Cet appareil peut fonctionner à l’aide de spécialistes et grâce à une production d’électricité dépendante du nucléaire et du charbon, à un réseau mondial, à cette infrastructure critique qui garantit jour après jour notre quotidien, protégée par la police et l’armée. Après avoir utilisé divers appareils qui ont eux aussi besoin d’un réseau – sans quoi ils seraient complètement inutiles-, je pose un pied dans la rue.

Marchant le long des lampadaires – dans cette ville où l’obscurité n’existe plus, où aucun endroit n’échappe à la vue –, des boîtiers électriques et des répartiteurs téléphoniques, des sucettes publicitaires, des commerces avec leurs systèmes de surveillance – me vient en tête une pensée évidente : l’électricité sert les relations fondées sur la propriété à travers des milliers de kilomètres de câbles en fibre optique et en cuivre qui ne se trouvent qu’à 50 centimètres en-dessous de mes pieds ; je passe aussi sur des plaques qui donnent accès à des puits au fond desquels reposent les artères du monde moderne. Assis dans le train, me saute à l’esprit que sous les rigoles en béton courant le long des voies serpentent à nouveau des câbles, et que des systèmes de signalisation sont installés à peu près tous les 100 mètres : sans tout cela plus rien ne marcherait, le capital humain comme les biens morts ne parviendraient plus là où ils sont censés être consommés ou produire une plus-value.

Abandonnant mon observation de fourmi, je regarde en hauteur et aperçois sur les toits les antennes pour la radio, pour internet, pour le téléphone, ainsi que pour les ondes radio… dont celles de la police. Le maintien de la misère quotidienne a ses canaux, il faut les interrompre pour que les gens puissent transformer leur quotidien. La communication de ceux qui défendent la propriété dans les rues – les flics et l’armée – passe par les antennes sous lesquelles nous défilons du matin au soir. Lorsqu’une antenne-radio tombe, qu’un faisceau de câbles se consume à petit feu, qu’il y a la moindre coupure dans un câble en fibre optique ou à travers le cuivre des réverbères, apparaît tout à coup une zone d’ombre, un moment de confusion pour ceux qui n’ont pas appris et ne veulent pas apprendre à agir et à penser de façon autonome, qui obéissent et attendent toujours ordres et directives, mais cela peut aussi permettre à d’autres de faire des choses qui semblent souvent impossibles.

Si ce monde devient toujours plus une méga-machine, si les artères de la domination deviennent de plus en plus subtiles et qu’elles recouvrent tout le territoire de leur toile, nous devons – pour attaquer – être en mesure de tourner nos regards loin des choses les plus apparentes et tenter d’incorporer notre analyse des évolutions actuelles au sein des perspectives que nous voulons nous donner. Plus le monde est tissé de mailles, plus il est vulnérable aux perturbations. Ces nœuds de communication et les connexions entre eux, que l’on peut trouver partout et peu protégés correspondent aux points sensibles à couper. A un moment où même l’air brûle, cela n’a aucun sens de mettre le feu là où les flammes dansent déjà et où tous les regards sont fixés. Le silence radio, la coupure des communications, l’interruption des chaînes de commandement – et bien plus encore – sont les possibilités que l’on peut trouver avec un regard de créativité et d’analyse lorsqu’on cherche des objectifs à attaquer.

« Feu aux prisons! – C’est l’arrestation d’un compagnon anarchiste à Zurich qui a conduit à la parution de ce journal »

[Traduit de l’allemand du journal anarchiste ‘Feuer den Knästen’, März 2019]

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