Nancy, France : Après Rennes, Google s’implante en plein centre-ville

Google se paye 200 m² de locaux publicitaires en plein centre de Nancy

Dans le cadre de la « 6e Académie Digitale de Nancy Numérique » (on ne rigole pas !) qui se tenait au LORIA (le laboratoire d’informatique de la fac de sciences de Nancy) ce jeudi 20 septembre, deux VRP de Google France sont venu.es dévoiler à toute une brochette de fièr.es représentant.es de la Start-up Nation le dernier projet — encore « confidentiel » — de leur plan de conquête du monde : l’Atelier Numérique Google de Nancy.

Deuxième Atelier Numérique Google à ouvrir en France — et dans le monde, s’il vous plaît ! — après celui de Rennes en juin dernier [1], il s’agira d’un lieu de 200 m² situé dans le centre-ville de Nancy, animé par 7 coaches Google, et regroupant salles de conférence, espaces pour ateliers de formation ou pour coaching personnalisé, ainsi qu’un « espace innovation » où seront exposés les derniers gadgets hi-tech de l’hydre de Mountain View (façon casques de réalité virtuelle et autres babioles du même acabit). Ouverture prévue entre fin 2018 et début 2019.

Mais ne vous inquiétez pas, braves gen.tes ! Ceci n’est en rien une tentative de Google de s’octroyer 200 m² d’espace publicitaire et de galerie produits en plein Nancy, bien au contraire ! C’est tout du moins ce qu’ont tenté de faire croire Natacha Rougeault (qui se définit elle-même comme « évangéliste Google » sur son compte Twitter [2]) et Marc Vincent, les deux commerciaux de Google France venu.es vendre leur soupe aux designers en mal de business de chez Nancy Numérique.

À les entendre, effectivement, on croirait presque que Google n’est rien de moins que le parangon de la philantropie numérique. L’objectif affiché de cet Atelier Numérique est ainsi d’organiser et d’accueillir des « formations gratuites et ouvertes à tous, afin de renforcer les compétences numériques de chacun ». Google souhaite ainsi « faciliter l’accès à l’emploi des étudiants, sensibiliser les familles à un usage sécurisé d’Internet, initier les plus jeunes au code informatique ou encore contribuer au développement en ligne de l’activité commerciale des PME ». Dixit Sundar Pichai lui-même, son PDG [3]. Rien que ça.

Pire encore : la vocation d’un tel Atelier Numérique est soi-disant complètement « agnostique ». Hors de question d’y voir une quelconque opportunité commerciale pour Google de faire du prosélytisme et de la retape pour ses produits, non non non ! Bien au contraire d’ailleurs : il s’agira de travailler en partenariat avec « l’écosystème local », de « co-construire avec l’existant ».

Pas question donc de remplacer ou concurrencer les activités déjà en place, mais plutôt de travailler main dans la main avec les associations, entreprises et collectivités locales pour leur offrir une splendide plateforme flambant neuve — et avec plein de matos estampillé Google à disposition — pour organiser formations, conférences, ou autres journées de job dating [4] en partenariat avec Pôle Emploi. C’est même tellement « agnostique », tellement ouvert, qu’on pourra même y organiser des ateliers de « dé-GAFA-isation » (c’est-à-dire de désintoxication à Google, Apple, Facebook, Amazon et consorts). Vous voyez, iels sont vraiment pas si méchant.es, chez Google !

D’ailleurs, face à la question d’un incrédule qui osait mettre en doute la bonne foi de Google dans cette démarche parfaitement altruiste, Natacha Rougeault a expliqué qu’elle comprenait bien que cela puisse faire débat, car ce n’était vraiment pas courant pour une grande entreprise comme Google que d’avoir ce genre d’engagement, totalement dénué d’intérêt commercial. Mais si Google va dans cette direction, a-t-elle assuré, c’est avant tout pour réduire cette terrible fracture numérique qui laisse tant de victimes sur le carreau [5]. Heureusement donc que Google est là pour évangéliser — ou Googliser — ces mécréant.es, perdu.es dans une jungle numérique si hostile et impénétrable, en les prenant par la main et en les habituant, dès leurs premiers pas, à utiliser les outils Google, tellement conviviaux et rassurants.

Après, bien sûr, a-t-elle poursuivi, Google se lance aussi dans ce projet « pour humaniser la marque, pour recréer du lien avec les gens ». Mais ça serait vraiment leur accorder bien peu de crédit que de penser que Google pourrait avoir un quelconque agenda économique derrière l’idée de mettre gratuitement à disposition des associations, entreprises et collectivités locales un splendide lieu de 200 m² en plein centre-ville, ouvert et accueillant, totalement décoré aux couleurs de Google, équipé de tous les derniers outils et gadgets Google, géré et animé par des coaches Google. N’y voir qu’une vaste opération publicitaire relèverait vraiment du cynisme le plus profond.

Et il serait aussi de la plus pure mauvaise foi que de songer un seul instant qu’en invitant les structures locales à proposer, organiser et animer elles-mêmes ces ateliers de formation, Google serait en train de compter sur le bénévolat — ou sur le travail gratuit, plutôt — de ces associations pour produire le contenu de ses Ateliers Numériques et faire venir plein de monde dans leurs locaux.

À moins que…

Pour en savoir plus sur les impacts de l’implantation de Google à Rennes et sur les résistances locales, consultez la page de No G00gle.

[Publié sur Manif-Est.info, 21.09.2018]

Notes

[1] Le site officiel ici, et l’annonce de l’inauguration .

[2] hxxps://twitter.com/rnatou

[3] https://france.googleblog.com/2018/01/Google-parie-sur-la-France.html

[4] Le « globish », c’est bien, ça permet de rester swag en toute circonstance, même pour désigner des concepts de merde.

[5Dans les milieux autorisés, on parle même d’« illectrisme », mot-valise entre « illettrisme » et « électronique ». Mais faites attention, c’est peut-être contagieux comme maladie.

 

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