Deux semaines de bordel dans les lycées contre les épreuves du bac (Du 20 au 31 janvier 2020)

Un peu partout, la tenue des épreuves du nouveau bac dans les lycées a été fortement perturbée, les protestations se tenant à la fois dehors et dedans : entrées des lycées bloquées à l’aube, barricades de tables et de chaises dans les couloirs et devant les salles d’examens vidées de leur mobilier, tables renversées en plein examen (comme au lycée Maurice Ravel à Paris), copies arrachées comme à Saint-Étienne, départs de feux dans l’agglomération de Bordeaux et fumigènes dans les couloirs à Montauban…
A chaque blocage ou tout signe de désordre, l’État peut compter sur la servitude et le zèle des recteurs d’académie et proviseurs d’établissements qui appellent systématiquement la police pour débloquer et faire passer à tout prix les épreuves de contrôle continu.

On a fait une sélection de plusieurs perturbations des épreuves du bac ici et là, l’exhaustivité étant impossible et sans réel intérêt. On a mis l’accent sur les quelques sabotages et ripostes à la violence des flics.

Lundi 20 janvier.

Plus d’une cinquantaine de lycées sont totalement ou partiellement bloqués (chiffre du rectorat, forcément minimisé), comme à Paris (Hélène Boucher), Poitiers, Clermont-Ferrand… A Savigny-sur-Orge, le blocus du lycée Monge a donné lieu à des feux de poubelles dans la rue menant à l’établissement. La trentaine de flics s’est mangée des projectiles. Trois interpellations. A Bordeaux, le lycée Gustave-Eiffel est bloqué, mais les flics interviennent dans la matinée pour sectionner les chaînes verrouillant le portail. A Orthez (Pyrénées-Atlantiques), les entrées du lycée Gaston Fébus sont bloquées, tandis que les salles d’examens bloquées par des petits groupes ou vidées de leurs mobiliers.

Mardi 21 janvier.

A Bron, dans la banlieue lyonnaise, des jeunes s’affrontent aux flics aux abords du lycée Jean-Paul Sartre, en début d’après-midi, après une matinée de protestation contre le bac. Des poubelles crament près des voies du tramway T5 , qui est visé par des jets de pierres. Une vitre du tram vole en éclats à l’arrêt « Lycée Jean-Paul-Sartre », ce qui provoque l’interruption du trafic de la ligne pendant plus d’une heure.

Deuxième journée d’affilée de blocus dans plusieurs lycées à Bordeaux et dans son agglo, ainsi qu’en Savoie et en Haute-Savoie. Au lycée Gabriel-Fauré à Annecy, des barricades de tables et de chaises bloquent l’accès au salle d’examens, tandis que des feux de poubelles sont allumés devant le bahut (cf photo ci-contre). Des grévistes de la fédération Mines et Énergie ont également coupé le jus au lycée François Mauriac sur la rive droite, faisant annuler les épreuves du matin.

Deuxième jour de blocus au lycée Saint-Exupéry de Mantes-la-Jolie (Yvelines).

Mercredi 22 janvier.

A Saint-Etienne, les grilles du lycée Honoré-d’Urfé sont barricadées à l’aide de poubelles et de palettes. Les épreuves d’E3C sont reportées, comme celles prévues lundi.

Au lycée Vaclav Havel de Bordeaux, peu après le début des examens à 10h, plusieurs alarmes retentissent suite à des départs de feux dans les toilettes, interrompant l’épreuve. De nombreuses poubelles sont incendiées, comme à Talence devant Alfred-Kastler mardi ou cours de la Marne devant le lycée Gustave-Eiffel la veille. Les épreuves aux lycées ‘Les Iris’ à Lormont et ‘Alfred-Kastler’ à Talence n’ont pas pu se tenir à 8h en raison d’une coupure de courant provoqué par des électriciens en grève. Devant le lycée Gustave-Eiffel, deux jeunes sont interpellées par les flics et placés en garde à vue pour « dégradations de biens public par incendie » et « détention de produits inflammables ». Au moment de l’interpellation, un attroupement de lycéen.ne.s s’est formé pour réclamer leur « libération ».

Jeudi 23 janvier.

A Bordeaux, le blocus au lycée Michel Montaigne prévu un quart d’heure avant les épreuves est rapidement brisé par la police. « La majorité des élèves de première a pu se rendre dans les salles de cours. Mais une centaine de lycéens ont refusé de rentrer en classe. Ils ont organisé un sit-in dans la cour. Malgré les mises en garde du proviseur du lycée, qui menace de leur attribuer la note minimale de zéro à cette épreuve, ils ont refusé de se rendre dans les salles.
Quelques élèves ont aussi déclenché à plusieurs reprises les alarmes incendies de l’établissement afin de protester. » (Ouest-France)

Blocus et report des épreuves dans de nombreux autres lycées (‘Jules Guesde’ à Montpellier, ‘Pyrène’ à Pamiers (Ariège), ‘Marcelin-Berthelot’ à Saint-Maur et à Arsonval (Val-de-Marne), ‘Condorcet’ à Limay (Yvelines), ‘Saint-Exupéry’ à Parentis-en-Born (Landes)

Vendredi 24 janvier.

A Paris, deux lycées du 20ème arr (Hélène Boucher et Maurice Ravel) sont bloqués. Les manifestant.e.s des deux bahuts ont eu l’initiative d’aller interrompre la ligne du tramway T3b. Après y avoir vidé le contenu d’une poubelle, des lycéens ont placé une, puis deux poubelles incendiées sur les voies (ce qui parfois peut faire fondre les câbles de signalisation enfouis le long des rails). Les agents RATP qui ont tenté de mettre fin à l’incendie ont été ciblés par des jets d’œufs, un agent en recevant un sur le crâne. Plus tard, un incendie de poubelles sur le Cours de Vincennes a provoqué de nouvelles tensions entre forces de l’ordre et lycéens.

A Nantes, les accès à l’université sont barricadés, tandis que les lycées des Bourdonnières (sud) et Jean Perrin sont bloqués par des barricades de poubelles et palettes, comme ceux de Malherbe et Charles de Gaulle à Caen.

Dimanche 26 janvier.

A Pau (Pyrénées-Atlantiques), un groupe de 4 jeunes tente d’entraver le portail principal de l’entrée du lycée Saint-John Perse en fin de journée en vue d’empêcher les épreuves « E3C » de contrôle continu du nouveau bac prévues pour le lendemain. Les flics leur mettent malheureusement le grappin dessus et les 4 finissent gav. Deux d’entre eux sont poursuivies et passeront en composition pénale.

Lundi 27 janvier.

Rennes. Des élèves bloquent l’accès au lycée de Bréquigny avec des barrières et des poubelles. Les flics interviennent pour débloquer l’accès, mais sans succès, puisqu’un barrage est reformé dans la foulée. Finalement, ce n’est que vers 13h que l’accès est débloqué par une nouvelle intervention des flics. Un blocus a lieu aussi le matin au lycée Joliot-Curie.

Seyssinet-Pariset (Isère). Plus de 500 personnes se retrouvent devant les grilles du lycée Aristide Bergès contre la tenue de plusieurs épreuves du bac. La direction ayant fermé les grilles mais ayant pris le soin de permettre aux élèves de se rendre à leurs épreuves, des dizaines de jeunes franchissent les grilles pour empêcher la tenue des épreuves. Salles d’examens envahies, alarme anti-incendie déclenchée, fumigènes allumés dans les couloirs, vitres brisées… La direction fait alors évacuer tout le monde dans la cour et met le lycée sous la surveillance des gendarmes. Elle finit par annuler les diverses épreuves de langues programmées ce jour. En fin de matinée, le lycée est fermé. Deux jours plus tard, un lycéen de l’établissement est placé en garde à vue : il est suspecté d’avoir jeté un fumigène dans l’enceinte du lycée.

Annemasse (Haute-Savoie). Des jeunes manifestants crée la zizanie à l’entrée du lycée des Glières, situé rue de Verdun, en utilisant des fumigènes, en cassant des œufs et en mettant ensuite de la musique à fond afin d’empêcher la tenue des épreuves, qui auront finalement lieu. Toutefois, des parents d’élèves demandent l’annulation de l’épreuve en raison des perturbations.

Sète (Hérault). Les épreuves au lycée Paul Valéry sont reportées en raison du blocus. Elles sont toutes reportées à vendredi, « sauf si le blocus persiste ».

Bordeaux. Au lycée Montesquieu, les épreuves du nouveau bac qui devaient se tenir ce lundi 27 janvier ont du être reportées à une date ultérieure. Mais dès le lendemain, mardi 28, nouveau blocus. Suite à l’appel du rectorat, la direction du bahut, en parfaits matons, optent pour enfermer les lycéen.ne.s présent.e.s dans la cour, en leur annonçant qu’ils passeront les diverses épreuves prévues de la semaine le jour-même. Les bourreaux de l’éducation nationale iront jusqu’à interdire l’accès aux toilettes et débrancher les alarmes-incendie.

Mardi 28 janvier.

A Argonay (Haute-Savoie), lycéen.ne.s et profs se rassemblent à l’aube pour bloquer l’entrée du lycée polyvalent Louis-Lachenal et empêcher la tenue des épreuves du bac. Pétards et fumigènes sont de la partie, et les gendarmes aussi, qui arrivent en masse pour bloquer le blocus. Le proviseur a affirmé que « des objets incendiaires avaient été jetés dans l’enceinte du lycée. Toujours d’après le directeur, « des câbles électriques auraient été sectionnés dans la nuit de lundi à mardi pour, dit-il, “perturber l’entrée au lycée.” Il a déposé plainte pur ces faits et décidé de reporter les épreuves du jour. (LeDauphiné)

Grenoble (Isère). Plus de 150 personnes se retrouvent devant le lycée des Eaux-Claires afin de protester contre les épreuves du bac. L’épreuve d’anglais prévue pour les 300 élèves de 1ere générale et technologiques est annulée après l’envahissement des locaux avec pétards et fumigènes.

A Rennes, les épreuves du bac au lycée de Bréquigny sont annulées à la suite de l’intrusion d’élèves dans l’établissement. Des vitres sont brisées. « D’après la direction de l’établissement, 150 personnes ont envahi les salles d’épreuves à 10 minutes de la fin, contraignant ainsi le chef d’établissement à mettre fin à l’examen.
D’après les témoignages, il était un peu plus de 7h ce mardi matin quand les premiers fourgons de police sont arrivés devant l’établissement rennais. Avec leurs boucliers, les agents ont délogé, plus ou moins calmement, les lycéens qui bloquaient les entrées et sorties. A partir de là, les forces de police ont filtré a leur tour l’accès à l’établissement afin que l’épreuve de contrôle continu du jour puisse avoir lieu. Mais la situation s’envenime quelques minutes avant la fin de l’épreuve, lorsque les forces de l’ordre reprennent la route. C’est là que, d’après les témoignages de la direction, une centaine de manifestants est entrée dans le lycée. Ils ont alors forcé des portes, notamment celles où l’épreuve du bac avait lieu. D’après le proviseur, des vitres ont été brisées et le verre est tombé sur certains élèves qui travaillaient. Il a alors été décidé de mettre un terme à l’épreuve et de la reporter intégralement mardi prochain. Toujours selon le proviseur, ces personnes n’étaient pas toutes scolarisées au lycée Bréquigny […]. A quelques kilomètres de là, au lycée René Descartes, la direction a également annulé les épreuves de ce mardi. » (FranceBleu)

Le Mans (Sarthe). Le lycée Bellevue est bloqué par des élèves. La veille, c’est au lycée Malraux d’Allonnes que les épreuves de contrôle continu avaient été annulées.

Mercredi 29 janvier.

A Rennes, au lycée de Bréquigny, une « centaine d’élèves ont perturbé les épreuves en retirant tables et chaises des salles de composition et en bloquant les accès aux couloirs ».

A Biarritz, les entrées du lycée Malraux sont filtrées par des manifestants (profs et lycéens) et à l’intérieur l’épreuve du jour (anglais) est perturbée par le déclenchement des alarmes-incendie à plusieurs reprises et des rassemblements bruyants devant les salles.
En Seine-Saint-Denis
, il y a des blocus dans plusieurs lycées. Les épreuves sont reportées à Angela Davis (Saint-Denis), Blaise Cendrars (Sevran) et Paul Robert (Les Lilas). D’autres blocus ont lieu aux lycées Suger, toujours à Saint-Denis et Louise Michel, à Bobigny.

Au Mans (Sarthe), des jeunes réussissent à s’introduire dans le lycée Yourcenar à au moins trois reprises, entre 8h et 10h. Certains ont réussi à monter dans les étages et ont perturbé le bon déroulement des cours. À l’extérieur, des individus ont brûlé une voiture stationnée à quelques dizaines de mètres de l’entrée du lycée. Ils ont cassé une vitre et ont mis le feu au siège, même s’il n’y aurait eu que le tableau de bord de brûlé.

A Bordeaux, les épreuves du bac au lycée François-Mauriac, à La Bastide, ont lieu sous surveillance policière.

Jeudi 30 janvier.

A Caen, des élèves du lycée Malherbe ont fait brûler des énoncés de sujet de bac dans la cour, selon un lycéen. Selon le rectorat de Caen, il y a eu « un départ de feu » par « une vingtaine » d’élèves « au milieu de la cour » mais « en aucun cas il ne s’agit de copies » des épreuves. Il s’agirait de « brouillons », a ajouté le rectorat, en soulignant que les épreuves se sont bien déroulées, toutes les copies ayant été rendues. « Les élèves identifiés comme responsables de ce feu s’exposent à des sanctions. »

A Rennes, au moins deux cents jeunes se rassemblent devant le lycée Victor-et-Hélène Basch (au nord) contre la tenue des épreuves du bac. Si tous les cours sont annulés, les examens ont lieu sous protection policière. « Vers 9 h 30, une cinquantaine de jeunes ont tenté de pénétrer dans le bâtiment pour déranger les E3C. Un feu de poubelle s’est déclaré dans la matinée, quelques instants après l’intrusion d’élèves et d’étudiants dans l’établissement. Le lycée a du être évacué. Si l’épreuve du jour a pu finalement se tenir, le lycée a été contraint de reporter celle prévue le lendemain (31 janvier) « en raison des menaces de perturbation ».

A Nantes, des dizaines de flics anti-émeute cagoulés brisent le blocus du lycée Gabriel Guist’Hau à coups de tonfa et de lacrymo.

Au Mans, près de 200 élèves du lycée Touchart-Washington bloquent les accès contre la réforme du bac à l’aide de gros scotch. Agent d’entretien et proviseur sortent alors scie circulaire et couteau pour couper le dispositif de blocage, protégés par des dizaines de CRS. Autour du lycée, ça monte crescendo et quatre containers à poubelle sont incendiés. Pour ces feux, 11 lycéens sont arrêtés, mais un seul est maintenu captif jusqu’au lendemain et inculpé pour la destruction du container. Les épreuves de la matinée sont maintenues. Certains professeurs affirment que moins de 30 % des élèves ont pu faire l’examen, sous un gros déploiement policier. L’épreuve de mathématiques pour les premières technologiques prévue dans l’après-midi est aussi perturbée. Des jeunes ont bloqué les grilles avant de mettre le feu à deux poubelles. (FranceBleu)

Par ailleurs, un groupe de jeunes est allé se servir dans un Carrefour City, situé place Washington : « une vingtaine de personnes, le visage masqué par des écharpes ou capuches, sont entrées en masse dans le magasin. » Elles sont parties en volant du lait, des gâteaux, des bonbons, du chocolat, détaille la patronne. (OuestFrance)

A Nice, un groupe de jeunes bloquent les accès au lycée Guillaume Apollinaire dès 7h. Le proviseur appellent les flics pour débloquer. Leur intervention déclenche des bousculades et plusieurs feux de poubelles. Il y a plusieurs interpellations.

Vendredi 31 janvier.

A Sète (Hérault), une quarantaine de lycéens se retrouve devant le lycée et le collège Paul-Valéry dès 6h pour s’opposer à la réforme du bac. Le blocus est total. « Grilles et poubelles ont été installées et cadenassées pour empêcher leur enlèvement. Une chaîne humaine a aussi à un moment été organisée pour empêcher le passage d’élèves qui souhaitaient rentrer dans l’établissement par l’entrée sur le côté. » Les cours sont annulés pour la matinée et les épreuves d’histoire-géo sont reportés à une date ultérieure. (MidiLibre)
A Nantes, une bonne centaine de lycéens a tenté de bloquer les entrées du lycée Clémenceau. Des dizaines de flics sont intervenues pour briser le blocus, en faisant un couloir rue Stanislas-Baudry face au Jardin des plantes et créer un accès pour les épreuves. La plupart des manifestants ont quitté le blocus vers 10 h et ont pénétré à l’intérieur de l’établissement afin d’aller perturber les épreuves.

Paris le 24 janvier 2020

Devant le lycée Guist’Hau de Nantes le 30 janvier

Entrée du lycée de Sète barricadée, le 31 janvier

 

 

 

 

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