Allemagne : Chronique de la guerre sociale (de fin janvier à mi-février)

Un rapide aperçu de la guerre sociale en Allemagne (fin janvier – mi-février 2018), via chronik:

  • 18 février, Hambourg : attaque d’un collabo de la technologie de surveillance en lien avec le contre-sommet du G20. Attaque des bureaux d’Eurocommand : vitres brisées et acide butyrique déversé à l’intérieur des locaux. Revendication de l’attaque reproduite ci-dessous en français.
  • 6 février, Francfort : sabotage incendiaire d’une entreprise de l’industrie et de la technologie militaire. Dans la nuit du 5 au 6 février, un véhicule du groupe Thyssenkrupp part en fumée. Cette entreprise est connue depuis de nombreuses années comme étant un pilier de l’industrie militaire et, comme le rappelle le communiqué, « ThyssenKrupp est l’un des plus gros exportateurs allemands d’armes ». Sabotage revendiqué sur chronik
  • 3 février 2018, Leipzig: attaque à coups de pierre et de peinture du commissariat de quartier de Connewitz. Attaque revendiquée « contre la gentrification, les flics et les fachos » [texte de revendication reproduit ci-dessous]
  • 2 février, Berlin : attaque du nouveau bureau de la police fédérale à Schöneberger Ufer. Pierres et bouteilles de peinture s’explosent sur la toute nouvelle façade en verre. Action dédiée « aux prisonniers de la révolte d’Hambourg ». [Communiqué reproduit ci-dessous]
  • 1er février, Munich: incendie d’une pelleteuse de chantier. La pelleteuse d’une entreprise de démolition est partie en fumée dans l’ancienne cour à bestiaux, en pleine transformation urbaine, puisque sur ces décombres doivent voir le jour un nouveau théâtre national ainsi qu’un immeuble de 420 logements. La police, qui s’oriente davantage vers un incendie criminel qu’un incident technique, a évalué les dégâts à plus de 100.000 euros et voit derrière cet acte des opposants à la gentrification appartenant au « spectre d’extrême-gauche ». L’engin calciné avait moins d’un an. L’incendie, comme de nombreuses attaques contre leur monde de bourgeois ces derniers mois (agences immobilières et architectes entre autres), n’a pas été revendiqué.

  • Brême, 29 janvier : incendie d’une voiture de syndicat de police. Un véhicule de type Smart appartenant à un syndicat de flics est parti en fumée. Dans le communiqué revendiquant l’action, y est mentionnée notamment la traque publique lancée contre les émeutiers du G20. Le texte se termine par : « Nos salutations solidaires et agressives vont à toutes les personnes qui sont en taule. Ainsi qu’à celles qui, la nuit, attaquent les structures autoritaires, réactionnaires et étatiques, en plus de les rendre visibles. Nos pensées chaleureuses sont pour vous. United we stand »

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Liste des communiqués de revendication traduits de l’allemand [dans le même ordre que la chronologie]

  • Hambourg : « Vous nous enlevez l’air pour agir, nous vous coupons l’air pour respirer » [Revendication de l’attaque contre Eurocommand]

Dans la nuit du 17 au 18 février, nous avons détruit les vitres d’Eurocommand GmbH (Gärtnerstraße 92b à 25469 Halstenbek) et déversé de l’acide butyrique à l’intérieur des locaux.

Au moins depuis la tenue de l’OSCE et le sommet du G20, la police d’Hambourg compte sur un nouveau logiciel opérationnel pour surveiller en temps réel.

L’entreprise Eurocommand a remporté l’appel d’offre avec son logiciel « CommandX ». 696 flics ont en même temps été formés pendant 368 heures à l’utilisation du système de gestion de la force et à la présentation de la situation.

Les pompiers et le centre de secours ont aussi été équipés de logiciel « CommandX ».

En intégrant les bases de données des véhicules aux systèmes existants de contrôle de répartition, les échanges de données se voient étendus de manière effroyable.

Au siège d’Alsterdorf, toutes les données de géolocalisation ont convergé sur un grand mur vidéo pendant le G20 et ont été montrées sous forme de carte. Les photos aériennes des hélicoptères de la police et d’autres images issus des caméras-piétons ou des caméras de surveillance de la ville et de la circulation étaient disponibles en temps réel. Sur cette base, la coordination des forces d’intervention pendant les journées du sommet du G20 était opportune, mais de toute façon elles arrivaient trop tard dans la plupart des cas. 

Selon une information du Sénat, le logiciel « CommandX » s’est avéré être sans défaut.

Il est important de noter que des représentants de la « protection d’Etat », de la police fédérale et de l’armée allemande se seraient également assis devant les écrans. Quant à savoir si les drones équipés de caméras vantés par Eurocommand ont été déployés lors du G20, rien n’est moins sûr. En tout cas, CommandX est capable d’intégrer de telles informations sans problèmes.

Ce n’est pas seulement par la commercialisation de son logiciel de surveillance CommandX qu’Eurocommand s’est imposé comme cible : Sascha Pomp est le PDG d’Eurocommand. Son attitude s’illustre clairement à travers ses déclarations vis-à-vis des opposant.e.s au G20, rendues célèbres depuis, qu’il a qualifié de « malades et asociaux » et de « racaille, qui ne mérite aucun respect ni une quelconque compassion ». Une autre fois, il s’excite en déversant ses délires de violence : « c’est pourtant simple : enfermer la racaille d’extrême-droite et les terroristes d’extrême-gauche, dans une salle pour qu’ils échangent de manière intime, et attendre… ». Comme l’AfD, il a tweeté au sujet des actions de nettoyage réussies et retweeté avec assiduité les infos des flics tout le long du sommet.

Notre attaque est une attaque contre tous ceux qui veulent nous contrôler et nous surveiller, ainsi que contre ceux qui fournissent leurs compétences à ces fins.

Fuck You Eurocommand !

Kommando-X


  • Leipzig : revendication de l’attaque du poste de police de Connewitz

Dans la soirée du 3 février 2018 à Leipzig, nous avons attaqué le commissariat de la Biedermann Str. du quartier Connewitz avec des pierres et de la peinture.

La police allemande est un acteur majeur des vagues de répression qui ne font qu’empirer contre les mouvements antifascistes et anti-autoritaires. A Leipzig, le poste de police du quartier de Connewitz a été créé en 2014 par la municipalité, en réponse aux tentatives des habitant.e.s de s’organiser contre la hausse des loyers et la répression, cherchant aussi à enrayer les diverses attaques menées contre les institutions étatiques. L’objectif déclaré était de pacifier un quartier rebelle en déployant des forces d’occupation.

Les flics ne sont en aucun cas des « amis et des soutiens », du moins pas pour la population de Connewitz. Au pire, ils sont appelés « amis » par les propriétaires fonciers qui, aux dépens de celles et ceux qui vivent ici, font la promotion de l’embourgeoisement du quartier. Ils aident les fascistes lorsqu’ils sont attaqués. La « sécurité » de la police est la sécurité des investisseurs et des entrepreneurs.

Ceux qui assurent la sécurité de la société d’exploitation dominante et œuvrent à la perpétuation de l’exploitation capitaliste, qui déportent les sans-papiers et chassent les antifascistes n’ont aucun droit pour s’installer à Connewitz.

Défends ton quartier contre la gentrification, les fascistes et les flics !


Berlin : revendication de l’attaque du nouveau bureau de la police fédérale

Dans la nuit du 2 février, nous avons le nouveau bureau de la police fédérale du Schöneberger Ufer. Des pierres et des bouteilles remplies de peinture ont frappé la porte d’entrée vitrée et quelques fenêtres du nouveau joyau de Thomas de Maizière [1], la « Direktion 11 » de la Schöneberger Straße, l’ancien bâtiment « Bombardier » [2] inauguré début août 2017.

Selon le Tagespiegel [3], la nouvelle direction de la police fédérale sert de bâtiment administratif, entre autres pour le GSG9 [4], le groupe d’aviateurs de la police fédérale, la section « missions de protection policière à l’étranger » et « missions spéciales de protection du trafic aérien », ainsi que « d’assistance aux interventions et aux enquêtes ». Le siège des unités spéciales est situé dans l’enceinte de caserne à Spandau entre Schmidt-Knobelsdorf- et Seektstraße.

La police fédérale est le bras exécutif du ministre de l’intérieur. Mais la zone d’influence de la police fédérale va bien au-delà des installations ferroviaires : les « escortes de passagers aériens » effectuent des expulsions (groupées) ou ils sont en mission d’intervention à l’étranger, comme par exemple en Somalie ou en Afghanistan, où ils forment des « forces de police et de sécurité » et sont donc les protagonistes des guerres (civiles) de là-bas.

Lors du sommet du G20 à Hambourg, les 5.500 agents de la police fédérale représentaient une part considérable des quelques 31.000 flics déployés. Et à leurs côtés, les nouvelles unités de la BFE et les drones de la police fédérale.

Nos salutations vont aux prisonniers de la révolte d’Hambourg.

They will not break us!

United we stand!

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Notes de traduction :

[1] Thomas de Maizière est le ministre de l’intérieur au niveau fédéral.

[2] Bombardier est une société canadienne active dans le secteur de l’aérospatial et des véhicules ferroviaires, qui possède ses propres bureaux et ses propres installations de production dans de nombreux pays.

[3] Un des journaux les plus lus d’Allemagne.

[4] Le « Grenzschutzgruppe 9 » : unité de lutte antiterroriste de la police fédérale.

[5] Unité spéciale, créée par De Maizière après les attentats du Bataclan à Paris, de « prévention et d’arrestation », d’opérations de recherche, d’assistance à la police d’intervention et au GSG9, spécialisée dans les cambriolages et les arrestations, reposant sur l’analyse en temps réel des images de vidéo-surveillance du centre de supervision routière.

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