Paris, France : Balade dominicale contre les prisons – 2 juillet 2017

Dimanche 2 juillet, en fin d’après-midi, tags, autocollants, affiches, pochoirs, tracts sont apparus dans les rue du 19ème arrondissement de paris. Le cabinet d’architecte canale3, situé 78 allée darius milhaud s’est vu refaire sa facade.

Des 18 mai tous les jours !
Liberté pour les inculpé-e-s de l’incendie de la keufmobile !
Liberté pour tou-te-s !

 

la façade du cabinet de Canale 3 architecture


Tract distribué :

À propos d’une keufmobile qui brûle, de répression, et de solidarité

À la rentrée prochaine, 9 personnes passeront en procès, accusées de l’attaque d’une voiture de flics quai de Valmy à Paris le 18 mai 2016. Trois attendent toujours en taule, pour certaines depuis plus d’un an, tandis que cinq autres sont sous contrôle judiciaire et qu’une est encore recherchée. Ce jour là, en plein mouvement contre la « loi travail », des policiers se
sont rassemblés place de la République pour geindre contre la « haine anti­ flics ». Une vrai provocation après deux mois de manifestations réprimées à coup de lacrymos, de grenades, de matraque, d’arrestations.

Une contre­-manifestation est appelée, interdite, et s’élance en sauvage, croisant sur son passage une voiture sérigraphiée avec deux flics à son bord, qui est attaquée puis brûlée.
On est beaucoup à qui ça a donné de l’air. Comme ça donne de l’air quand ça pète à Beaumont suite à l’assassinat d’Adama Traoré, ou à Aulnay suite au viol de Théo, ou quand une voiture de police crame à son tour devant le comico du 19e le soir du meurtre de Shaoyo Liu. Comme ça donne de l’air chaque fois que sont renvoyées aux flics un peu de l’humiliation et des brutalités qu’ils infligent au quotidien.

La justice frappe souvent particulièrement fort quand ses larbins en bleu sont attaqués. C’est que justice et police sont toutes deux au service de l’État et des puissant.e.s de ce monde, pour perpétuer l’ordre des choses basé sur l’exploitation, le racisme, le sexisme, l’homophobie, … et qu’il ne faudrait pas qu’on ait l’impression de pouvoir changer les choses. Alors il faut mettre sous contrôle par la menace de la prison ceux et celles qui, par choix ou par nécessité, sortent des chemins balisés du travail, de la consommation, de la soumission au pouvoir.

Pour ça les moyens à disposition sont toujours plus nombreux. Que ce soit l’annonce de la construction de dizaines de nouvelles prisons pour enfermer toujours plus, la légalisation à venir de l’état d’urgence permanent, ou encore la nouvelle loi sur la légitime défense des flics. Tout ça à coup de « c’est pour votre sécurité », dans l’acceptation générale, ou presque. Si la machine répressive tourne si bien, c’est aussi parce que de nombreuses entreprises et associations se font de l’argent sur l’abattoir qu’on appelle justice et sur la prolifération des prisons. Il y a les quelques multinationales dont la réputation n’est plus à faire : par exemple Vinci, Eiffage, Bouygues qui construisent des prisons, Gepsa (filiale de Cofely) qui s’occupe de la gestion et de la maintenance une fois qu’elles sont construites. Il y a aussi beaucoup d’autres intervenant.e.s, plus discret.e.s, qu’on trouve pourtant au coin de la rue. Les architectes qui s’amusent à dessiner des cages et autres expert.e.s en tout genre qui apportent leur pierre à l’édifice carcéral, les travailleurs sociaux et les psychiatres qui nous analysent pour le compte des juges, les entreprises qui nous exploitent à notre sortie de prison sous couvert de réinsertion, …

La liste est loin d’être exhaustive, juste un petit aperçu de la diversité des maillons de la chaîne du contrôle et de l’enfermement. Des maillons souvent moins bien protégés que les tribunaux et les prisons, nous laissant l’opportunité de nous attaquer ici et maintenant à ces logiques sécuritaires qui nous foutent la gerbe.

Car si la répression vise à instaurer la peur pour casser les liens de solidarité , à nous de ne pas nous laisser museler. exprimons notre solidarité avec celles et ceux qui subissent la répression pour des actes de révolte qu’on partage. opposons nous au flicage de nos vies et aux diverses mesures qui visent à le rendre total et permanent.

Liberté pour les inculpé-e-s de la voiture de flics brûlée le 18 mai 2016 !

Liberté pour tou-te-s


Affiche apposée sur le local des architectes :

VOTRE VOISIN EST UNE ORDURE

Peut-être vous est-il déjà arrivé de passer devant le cabinet de Canale 3 architecture.
Vous l’ignorez certainement, mais Canale 3 architecture a dessiné les plans des « Quartiers Nouveau Concept » des prisons de Longuenesse, de Brest et de Lorient- Ploemeur, de Laon, Toulon, Valence et Varenne-le-Grand. Un travail qui consiste à concevoir des bâtiments et des cellules où enfermer entre quatre murs des individus pour des courtes peines, des peines amménagées ou en semi-liberté. Des cellules individuelles, avec douche et cuisinette, certes, mais même dorée, une chaîne reste une chaîne, même aménagé l’enfermement reste une souffrance, même plus « humaine » la prison sera toujours la négation de la liberté.

Grâce à Canale 3 architecture et à leurs « Quartiers Nouveau Concept », la Justice (pour qui Canale 3 a également construit un tribunal, à Bressuire) dispose alors de places supplémentaires pour enfermer toujours plus de monde. Et l’administration pénitentiaire d’un moyen supplémentaire pour faire miroiter aux détenus une amélioration possible de leurs conditions de détention. Et ainsi jouer la division entre les prisonniers, avec d’un côté les « bons » qui pourraient bénéficier de ce nouveau traitement, et de l’autre les « mauvais » jugés pas assez dociles. Une carotte supplémentaire donc, à agiter devant les détenus pour renvoyer chacun devant son cas individuel, pour miner la solidarité entre les prisonniers. Une solidarité qui représente pour l’administration pénitentiaire une réelle menace, susceptible dans certaines situations d’être le ferment de révoltes collectives. Canale 3 architecture a aussi dessiné les plans de la Direction Générale de l’Armement à Vert-le-Petit. Là-bas dans des laboratoires, des scientifiques au service de l’armée jouent à la guerre avec des armes chimiques hyper puissantes, des bactéries « très pathogènes », « contre lesquelles il n’existe encore aucun traitement connu », des radiations comparables à celles d’une explosion atomique…
Depuis des décennies les Etats mènent une course dans la recherche et la production d’armes nucléaires, chimiques et bactériologiques, avec le concours des meilleurs scientifiques. Confectionner des armes toujours plus puissantes, puis des défenses appropriées, puis d’autres armes… n’est-ce pas charmant d’apprendre que les architectes de ces lieux de morts sont nos voisins ?

L’Etat, ses institutions et ses collaborateurs ne sont pas des appareils séparées du reste de la société, des divinités toutes puissantes imposant leur ordre d’en haut à un bétail humain voué à subir la tête baissée. Condamner des êtres humains à l’enfermement ou à un futur pathogène et radioactif ; ce pouvoir sur la vie de tous n’existerait pas sans un système complexe d’échange, de collaboration, sans une répartition des rôles et des responsabilités, sans que des entités, aux intérêts différents mais bienheureux de s’accommoder entre eux, ne signent des accords et ne fassent des affaires. Un système dans lequel Canale 3 architecture tient sa place et prospère au fil des ans et des projets. Voilà pour les présentations, si vous voulez leur en toucher deux mots sachez que Canale 3 architecture siège au 76 allée Darius Milhaud, à deux pâtés de maison donc…

Ce qui dégoûte le coeur, que la main s’y attaque.

[Publié sur indymedia nantes, mardi 4 juillet 2017]

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